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La Famille et la pensée sociale de l'Eglise : des éléments pour éclairer la politique familiale

Note rédigée par Paul Hatey

 

Présentation

De nombreux textes du Magistère, de Jean-Paul II en particulier, ainsi que des différentes conférences épiscopales ou d’évêques impliqués dans la pastorale familiale portent sur la famille, cela représente une production d’un texte par mois environ. S’ils n’ont pas tous le même « poids » théologique, ils développent tous la même ligne d’argumentation. Deux textes sont plus particulièrement consacrés à la famille : Familiaris Consortio, exhortation apostolique du 22 novembre 1981 et Gratissima Sane, lettre aux familles du 2 février 1994. Toutefois, ces écrits couvrent les différents domaines tels que le mariage et sa dimension sacramentelle, la morale conjugale, le respect de la vie, l’éducation, la morale sociale. Nous nous attarderons surtout sur ce dernier volet, c'est-à-dire les relations entre la famille et la société. Ce n’est pas par oubli des autres aspects, mais parce que cette approche est davantage au cœur des préoccupations des AFC dans leur souci de justifier une politique familiale et de la positionner au sein de la politique générale de notre pays.

 Il faut d’abord observer que « La doctrine sociale n'a rien d'étroitement confessionnel. Elle n'est pas non plus unilatéralement philosophique, comme nos frères protestants l'ont souvent cru. À la fois profondément biblique et rationnelle, elle considère que la lumière de la Révélation divine vient à la rencontre des aspirations de l'homme, quel que soit son milieu culturel et son environnement religieux. Ce que les Papes ont appelé « le droit naturel » se fonde sur la conviction que les Dix Paroles révélées par Dieu à Moïse n'éclairent pas seulement la destinée et les exigences éthiques du peuple élu. Elles illuminent la conscience et le désir le plus caché de toute personne dans le monde. Elles fondent le sens des institutions qui donnent aux hommes de vivre ensemble dans le respect du bien commun » .

D’autre part et surtout, cette pensée sociale met l’homme au centre de ses préoccupations et donc la famille qui lui donne naissance fait immédiatement l’objet de toute la sollicitude magistérielle. Ainsi, le 2 février 1994, Jean-Paul II écrit une « lettre aux familles », à l’occasion de l’année internationale de la famille décidée par l’ONU. Dans son introduction, il prend comme point de départ l’expression « l’homme est la route de l’Eglise » qu’il avait employée dans l’encyclique « Redemptor Hominis », et développe : « Par cette expression, je voulais évoquer avant tout les innombrables routes le long desquelles l’homme chemine, et je voulais en même temps souligner le profond désir de l’Église de l’accompagner dans cette marche sur les routes de son existence terrestre. L’Église prend part aux joies et aux espoirs, aux tristesses et aux angoisses de la marche quotidienne des hommes, dans la conviction intime que c’est le Christ lui-même qui l’a envoyée sur tous ces sentiers : c’est lui qui a confié l’homme à l’Église, qui l’a confié comme « route » de sa mission et de son ministère. Parmi ces nombreuses routes, la famille est la première et la plus importante : c’est une route commune, tout en étant particulière, absolument unique, comme tout homme est unique ; une route dont l’être humain ne peut s’écarter. En effet, il vient au monde normalement à l’intérieur d’une famille ; on peut donc dire qu’il doit à cette famille le fait même d’exister comme homme.»

Nous aborderons successivement les chapitres suivants :
    1/ Famille et mariage
    2/ Famille et Etat
    3/ Famille et natalité
    4/ Famille et travail
    5/Famille, lieu de vérification des principes de la pensée sociale

Cette liste est établie en fonction de l’ordre chronologique de la création de la famille : à partir de l’engagement des époux pris par le mariage, la société se trouve concernée et impliquée ; ensuite viennent les enfants et la nécessité du travail pour faire face aux responsabilités familiales ; enfin, ainsi construite, la famille demeure l’un des piliers de la pensée sociale.

 

Famille et mariage

Famille et mariage sont indissociables dans la pensée sociale de l’Eglise  et Jean-Paul II les cite souvent ensemble, parce que dans sa pensée ils signifient tous les deux l’amour de Dieu pour l’homme : « A la lumière du Nouveau Testament, il est possible d'entrevoir que le modèle originel de la famille doit être cherché en Dieu même, dans le mystère trinitaire de sa vie. Le « Nous » divin constitue le modèle éternel du « nous » humain, et avant tout du « nous » qui est formé de l'homme et de la femme, créés à l'image de Dieu, selon sa ressemblance » (Lettre aux familles, 6) .

C’est le mariage qui créé la famille   : «La famille a toujours été considérée comme l'expression première et fondamentale de la nature sociale de l'homme (…) La famille est en effet une communauté de personnes, pour lesquelles la vraie façon d'exister et de vivre ensemble est la communion, communio personarum. Ici encore, étant sauve la transcendance absolue du Créateur par rapport à la créature, ressort la référence exemplaire au « Nous » divin. Seules les personnes sont capables d'exister « en communion ». La famille naît de la communion conjugale, que le Concile Vatican II qualifie d'« alliance », dans laquelle l'homme et la femme « se donnent et se reçoivent mutuellement ». Le Livre de la Genèse nous ouvre à cette vérité quand il affirme, en référence à la constitution de la famille par le mariage, que « l'homme quitte son père et sa mère et s'attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair » (Gn 2, 24). Dans l'Evangile, le Christ, en controverse avec les pharisiens, reprend ces mêmes paroles et ajoute : « Ainsi ils ne sont plus deux mais une seule chair. Eh bien ! ce que Dieu a uni, l'homme ne doit point le séparer » (Mt 19, 6). Il révèle à nouveau le contenu normatif d'un fait qui existait « dès l'origine » (Mt 19, 8) et qui conserve toujours en lui-même ce contenu. Si le Maître le confirme « maintenant », il le fait afin de rendre clair et sans équivoque, au seuil de la Nouvelle Alliance, le caractère indissoluble du mariage comme fondement du bien commun de la famille » (Lettre aux familles, 7).

C’est donc sur ces bases que l’Eglise donnera cette définition dans la charte des droits de la famille (préambule, B) : « La famille est fondée sur le mariage, cette union intime et complémentaire d'un homme et d'une femme, qui est établie par le lien indissoluble du mariage librement contracté et affirmé publiquement, et qui est ouverte à la transmission de la vie ».

Il s’agit d’une des deux façons spécifiques de réaliser sa vocation fondamentale à l’amour : « La Révélation chrétienne connaît deux façons spécifiques de réaliser la vocation à l'amour de la personne humaine, dans son intégrité: le mariage et la virginité. L'une comme l'autre, dans leur forme propre, sont une concrétisation de la vérité la plus profonde de l'homme, de son «être à l'image de Dieu » (Famliaris Consortio, 11).

Ce qui est d’abord en jeu est l’humanisation de chaque époux qui trouve dans le mariage et donc dans la famille qu’ils fondent ensemble le lieu privilégié de leur accomplissement personnel : « La personne humaine a dans sa structure naturelle une dimension sociale, car, au plus profond d'elle-même, elle est appelée à vivre en communion avec les autres, et à se donner aux autres : «Dieu, qui veille paternellement sur tous, a voulu que tous les hommes constituent une seule famille et se traitent mutuellement comme des frères» (…) L'expression première et originelle de la dimension sociale de la personne, c'est le couple et la famille: «Mais Dieu n'a pas créé l'homme solitaire: dès l'origine, "Il les créa homme et femme" (Gn 1, 27). Cette société de l'homme et de la femme est l'expression première de la communion des personnes»(145). Jésus a eu soin de restituer au couple toute sa dignité et à la famille sa solidité (cf. Mt 19, 3-9) » (Christifideles Laici, 40)

En conclusion, on peut ainsi dire que : « l'amour conjugal comporte une totalité où entrent toutes les composantes de la personne - appel du corps et de l'instinct, force du sentiment et de l'affectivité, aspiration de l'esprit et de la volonté -; il vise une unité profondément personnelle, celle qui, au-delà de l'union en une seule chair, conduit à ne faire qu'un cœur et qu'une âme; il exige l'indissolubilité et la fidélité dans la donation réciproque définitive; et il s'ouvre sur la fécondité (cf. encyclique Humanae vitae, n. 9). En un mot, il s'agit bien des caractéristiques normales de tout amour conjugal naturel, mais avec une signification nouvelle qui, non seulement les purifie et les consolide, mais les élève au point d'en faire l'expression de valeurs proprement chrétiennes » (Famliaris Consortio, 13)

 

Famille et Etat

La famille est la composante de base de la société : « La famille est une communauté de personnes, la plus petite cellule sociale, et, comme telle, elle est une institution fondamentale pour la vie de toute société » (Lettre aux familles, 17).

C’est l’antériorité qui est la caractéristique première et déterminante de cette composante : « Aucune loi humaine ne saurait enlever d'aucune façon le droit naturel et primordial de tout homme au mariage, ni écarter la fin principale pour laquelle il a été établi par Dieu dès l'origine : Croissez et multipliez-vous. Voilà donc constituée la famille c'est-à-dire la société domestique, société très petite, sans doute, mais réelle et antérieure à toute société civile, à laquelle, dès lors, il faudra nécessairement attribuer certains droits et certains devoirs absolument indépendants de l'État » (Rerum Novarum, 9).

Cette antériorité crée des droits : « La famille, fondée sur le mariage librement contracté, un et indissoluble, est et doit être tenue pour la cellule première et naturelle de la société. De là, l'obligation de mesures d'ordre économique, social, culturel et moral, de nature à en consolider la stabilité et à lui faciliter l'accomplissement du rôle qui lui incombe » (Pacem in Terris, 16).

Cette antériorité justifie l’autonomie de la famille par rapport aux institutions qui sont mises en place postérieurement par la société civile. La dimension de personne morale que prend la famille à partir de la notion de communauté de personnes appuie cette autonomie et renforce ses droits pour que soit respectée sa dignité propre de famille : « La reconnaissance, par les institutions civiles et par l'État, de la priorité de la famille sur toute autre communauté et sur la réalité même de l'État, comporte le dépassement des conceptions purement individualistes et l'adoption de la dimension familiale en tant que perspective culturelle et politique, incontournable dans la prise en considération des personnes. Cela ne constitue pas une alternative, mais plutôt un soutien et une protection des droits mêmes appartenant aux personnes individuellement. Cette perspective permet d'élaborer des critères normatifs pour une solution correcte des différents problèmes sociaux, car les personnes ne doivent pas seulement être considérées individuellement, mais aussi en relation avec les cellules familiales dans lesquelles elles sont insérées, en tenant dûment compte de leurs valeurs et exigences spécifiques » (Compendium, 254).

Il s’en suit que la famille a des droits que l’Etat doit respecter : « La famille est une communauté de personnes, la plus petite cellule sociale, et, comme telle, elle est une institution fondamentale pour la vie de toute société (…) Comme communauté de vie et d'amour, la famille est une réalité sociale solidement enracinée et, d'une manière toute particulière, une société souveraine, même si elle est conditionnée à divers points de vue. L'affirmation de la souveraineté de l'institution-famille et la constatation de ses multiples conditionnements conduisent à parler des droits de la famille. A ce sujet, le Saint-Siège a publié en 1983 la Charte des Droits de la Famille, qui garde encore toute son actualité (…) Cependant, les droits de la famille ne sont pas simplement la somme mathématique de ceux de la personne, la famille étant quelque chose de plus que la somme de ses membres pris séparément. Elle est communauté de parents et d'enfants, parfois une communauté composée de plusieurs générations. De ce fait, sa qualité de sujet, qui se réalise selon le dessein de Dieu, fonde et exige des droits particuliers et spécifiques. En partant des principes moraux énoncés, la Charte des Droits de la Famille consolide l'existence de l'institution familiale dans l'ordre social et juridique de la « grande » société : de la nation, de l'Etat et des communautés internationales. Chacune de ces « grandes » sociétés est au moins indirectement conditionnée par l'existence de la famille ; pour cela, la définition des devoirs et des droits de la « grande » société à l'égard de la famille est une question extrêmement importante et essentielle (…) Elle est liée à l'Etat précisément en vertu du principe de subsidiarité. En effet, la famille est une réalité sociale qui ne dispose pas de tous les moyens nécessaires pour réaliser ses fins propres, notamment dans les domaines de l'instruction et de l'éducation. L'Etat est alors appelé à intervenir selon le principe mentionné : là où la famille peut se suffire à elle- même, il convient de la laisser agir de manière autonome ; une intervention excessive de l'Etat s'avérerait non seulement irrespectueuse mais dommageable, car elle constituerait une violation évidente des droits de la famille ; c'est seulement là où elle ne se suffit pas réellement à elle-même que l'Etat a la faculté et le devoir d'intervenir. » (Lettre aux familles, 17) .

Ainsi, « Berceau de la vie et de l'amour, dans lequel l'homme « naît » et « grandit », la famille est la cellule fondamentale de la société. A cette communauté, il faut réserver une sollicitude privilégiée, chaque fois surtout que l'égoïsme humain, les campagnes contre la natalité, et aussi les conditions de pauvreté et de misère physique, culturelle et morale, et encore la mentalité de recherche du plaisir et de course à la consommation, tarissent les sources de la vie, pendant que les idéologies et différents systèmes, ainsi que des formes d'absence d'intérêt et de manque d'affection, s'attaquent à la fonction éducative propre à la famille. Dans ces conditions, il est urgent de déployer une activité vaste, profonde et systématique, soutenue non seulement par la culture mais encore par des moyens économiques et des institutions législatives, dans le but d'assurer à la famille sa place de lieu premier d’« humanisation» de la personne et de la société » (Christifideles Laici, 40).

 

Famille et Natalité

Famille et natalité sont évidemment liées, car « le mariage et l'amour conjugal sont d'eux-mêmes ordonnés à la procréation et à l'éducation. D'ailleurs, les enfants sont le don le plus excellent du mariage et ils contribuent grandement au bien des parents eux-mêmes. Dieu Lui-même qui a dit: " Il n'est pas bon que l'homme soit seul " (Gen. 2, 18) et " qui dès l'origine a fait l'être humain homme et femme " (Mt. 19, 4), a voulu lui donner une participation spéciale dans son oeuvre créatrice; aussi a-t-il béni l'homme et la femme, disant: " Soyez féconds et multipliez-vous " (Gen. I, 28). Dès lors, un amour conjugal vrai et bien compris, comme toute la structure de la vie familiale qui en découle, tendent, sans sous-estimer (pour autant les autres fins du mariage, à rendre les époux disponibles pour coopérer courageusement à l'amour du Créateur et du Sauveur qui, par eux, veut sans cesse agrandir et enrichir sa propre famille. » (Gaudium et Spes 50,1). Ainsi, il faut garder à l’esprit que, «le mariage cependant n'est pas institué en vue de la seule procréation. Mais c'est le caractère même de l'alliance indissoluble qu'il établit entre les personnes, comme le bien des enfants, qui requiert que l'amour mutuel des époux s'exprime lui aussi dans sa rectitude, progresse et s'épanouisse. C'est pourquoi, même si, contrairement au vœu souvent très vif des époux, il n'y a pas d'enfant, le mariage, comme communauté et communion de toute la vie, demeure, et il garde sa valeur et son indissolubilité » (Gaudium et Spes 50,3) .

« L'amour conjugal est, par nature, ouvert à l'accueil de la vie. C'est dans le devoir de procréation que se révèle de façon éminente la dignité de l'être humain, appelé à se faire l'interprète de la bonté et de la fécondité qui descendent de Dieu (…) La procréation exprime la subjectivité sociale de la famille et fait naître un dynamisme d'amour et de solidarité entre les générations qui est à la base de la société. Il faut redécouvrir la valeur sociale d'élément du bien commun inhérent à tout nouvel être humain: chaque enfant « fait don de lui-même à ses frères, à ses sœurs, à ses parents, à toute sa famille. Sa vie devient un don pour les auteurs mêmes de la vie, qui ne pourront pas ne pas sentir la présence de leur enfant, sa participation à leur existence, son apport à leur bien commun et à celui de la communauté familiale » (Compendium, 230).

« La famille fondée sur le mariage est véritablement le sanctuaire de la vie, « le lieu où la vie, don de Dieu, peut être convenablement accueillie et protégée contre les nombreuses attaques auxquelles elle est exposée, le lieu où elle peut se développer suivant les exigences d'une croissance humaine authentique ».515 Le rôle de la famille est déterminant et irremplaçable pour la promotion et la construction de la culture de la vie 516 contre la diffusion d'une « “contre-civilisation” destructrice, comme le confirment aujourd'hui tant de tendances et de situations de fait »( Compendium, 231).

Ainsi se développe le concept de paternité et de maternité responsable  : « La famille contribue de façon éminente au bien social par le biais de la paternité et de la maternité responsables, formes particulières de la participation spéciale des époux à l'œuvre créatrice de Dieu.519 Le poids d'une telle responsabilité ne peut pas être invoqué pour justifier des replis égoïstes, mais doit guider les choix des époux vers un généreux accueil de la vie » (Compendium 232).

Et, « le désir de maternité et de paternité ne justifie aucun « droit à l'enfant », tandis que les droits de l'enfant à naître sont évidents, enfant auquel doivent être garanties des conditions optimales d'existence, grâce à la stabilité de la famille fondée sur le mariage et la complémentarité des deux figures, paternelle et maternelle.530 Le développement rapide de la recherche et de ses applications techniques dans la sphère de la reproduction pose de nouvelles et délicates questions qui interpellent la société et les normes qui régissent la vie sociale en commun » (Compendium 235).

Cette natalité entraîne le devoir d’éducation des enfants  : «Dans la famille, des enfants sont accueillis et acceptés ; ainsi peuvent-ils s'accepter eux-mêmes et faire confiance à autrui. Mais le souci des parents ne doit pas en rester là. Les parents introduiront les enfants dans la vie pour les rendre capables de maîtriser la leur. Ils ont à apprendre la complexité à la vie, à se familiariser avec des valeurs et des orientations de la vie : autant de difficultés et de défis. En lien avec d'autres institutions d'éducation et de formation, la famille a le droit et le devoir d'éduquer les enfants et les jeunes en vue de les rendre aptes à assumer leurs tâches dans la famille, la société et l'Église » , car, « Il est ainsi de la plus haute importance que les nouvelles générations, non seulement reçoivent une excellente éducation culturelle et religieuse, - ce qui est le droit et le devoir des parents, - mais aussi qu'elles aient un sens aigu de leurs responsabilités dans toutes les actions de la vie, en particulier dans la fondation de la famille, la procréation et l'éducation des enfants. Il faut inculquer aux enfants, avec une solide confiance dans la Providence divine, une volonté déterminée d'accepter les peines et les sacrifices, qui sont le lot inévitable de ceux qui ont entrepris la noble tâche de collaborer avec Dieu dans la transmission de la vie et l'éducation des enfants. Dans cette œuvre sublime aucune aide n'est plus précieuse que les principes et les secours surnaturels de l'Église, qui, pour cette raison, entre autres, doit avoir pleine liberté d'accomplir sa mission » (Mater et Magistra, 195).

Famille et Travail

« Un rapport tout à fait particulier lie la famille et le travail : « La famille constitue l'un des termes de référence les plus importants, selon lesquels doit se former l'ordre social et éthique du travail humain ». Ce rapport s'enracine dans la relation qui existe entre la personne et son droit de posséder le fruit de son travail et concerne le particulier non seulement comme individu, mais aussi comme membre d'une famille, conçue comme « société domestique ».

Le travail est essentiel dans la mesure où il représente la condition qui rend possible la fondation d'une famille, dont les moyens de subsistance s'acquièrent par le travail. Le travail conditionne aussi le processus de développement des personnes, car une famille frappée par le chômage risque de ne pas réaliser pleinement ses finalités.

L'apport que la famille peut offrir à la réalité du travail est précieux et, par bien des aspects, irremplaçable. Il s'agit d'une contribution qui s'exprime à la fois en termes économiques et par le biais des grandes ressources de solidarité que possède la famille et qui constituent un important soutien pour ceux qui, en son sein, se trouvent sans travail ou sont à la recherche d'un emploi. Surtout, et plus radicalement, c'est une contribution qui se réalise par l'éducation au sens du travail et en offrant orientations et soutien face aux choix professionnels » (Compendium, 249).

« La dimension personnelle du travail humain étant ainsi confirmée, on doit en venir à la seconde sphère de valeurs qui lui est nécessairement unie. Le travail est le fondement sur lequel s'édifie la vie familiale, qui est un droit naturel et une vocation pour l'homme. Ces deux sphères de valeurs - l'une liée au travail, l'autre dérivant du caractère familial de la vie humaine - doivent s'unir et s'influencer de façon correcte. Le travail est, d'une certaine manière, la condition qui rend possible la fondation d'une famille, puisque celle-ci exige les moyens de subsistance que l'homme acquiert normalement par le travail. Le travail et l'ardeur au travail conditionnent aussi tout le processus d'éducation dans la famille, précisément pour la raison que chacun devient homme, entre autres, par le travail, et que ce fait de devenir homme exprime justement le but principal de tout le processus éducatif. C'est ici qu'entrent en jeu, dans un certain sens, deux aspects du travail : celui qui assure la vie et la subsistance de la famille, et celui par lequel se réalisent les buts de la famille, surtout l'éducation. Néanmoins ces deux aspects du travail sont unis entre eux et se complètent sur différents points. Dans l'ensemble, on doit se souvenir et affirmer que la famille constitue l'un des termes de référence les plus importants, selon lesquels doit se former l'ordre social et éthique du travail humain. La doctrine de l'Église a toujours réservé une attention spéciale à ce problème et, dans le présent document, il faudra que nous y revenions encore. Car la famille est à la fois une communauté rendue possible par le travail et la première école interne de travail pour tout homme » (Laborem Excercens, 10,1-2).

 

Famille, lieu de vérification des principes de la pensée sociale

La subsidiarité : « La relation étroite entre famille et société exige d'une part l'ouverture et la participation de la famille à la société et à son développement, mais d'autre part, elle impose à la société de ne jamais manquer à son devoir fondamental de respecter et de promouvoir la famille. Il est certain que la famille et la société ont des rôles complémentaires dans la défense et la promotion des biens communs à tous les hommes et à tout homme. Mais la société, et plus précisément l'État, doivent reconnaître que la famille est une « société jouissant d'un droit propre et primordial » et ils ont donc la grave obligation, en ce qui concerne leurs relations avec la famille, de s'en tenir au principe de subsidiarité. En vertu de ce principe l'État ne peut pas et ne doit pas enlever aux familles les tâches qu'elles peuvent fort bien accomplir seules ou en s'associant librement à d'autres familles ; mais il doit au contraire favoriser et susciter le plus possible les initiatives responsables des familles. Les autorités publiques, convaincues du fait que le bien de la famille est pour la communauté civile une valeur indispensable à laquelle on ne saurait renoncer, doivent s'employer le plus possible à procurer aux familles toute l'aide - économique, sociale, éducative, politique, culturelle - dont elles ont besoin pour remplir de façon vraiment humaine l'ensemble de leurs obligations. L'action réciproque de soutien et de progrès entre la famille et la société est un idéal souvent contredit, et même gravement, par la réalité des faits où l'on constate leur séparation, voire leur opposition. En effet - comme l'a continuellement fait remarquer le Synode - la situation de très nombreuses familles en divers pays est fort problématique, quand elle n'est pas franchement mauvaise. les lois et les institutions méconnaissent, contre toute justice, les droits inviolables de la famille et même de la personne humaine, et la société, loin de se mettre au service de la famille, l'attaque violemment dans ses valeurs et dans ses exigences fondamentales. Ainsi la famille, qui selon le dessein de Dieu est la cellule de base de la société, sujet de droits et de devoirs antérieurs à ceux de l'État et de n'importe quelle autre communauté, se trouve être la victime de la société, des lenteurs et des retards de ses interventions et plus encore de ses injustices flagrantes. C'est pourquoi l'Église prend ouvertement et avec vigueur la défense des droits de la famille contre les usurpations intolérables de la société et de l'État » (Famliaris Consortio, 45-46).

La solidarité, elle concerne la vie familiale elle-même « La subjectivité sociale des familles, individuellement ou associées, s'exprime aussi par des manifestations de solidarité et de partage, non seulement entre les familles elles-mêmes, mais également sous diverses formes de participation à la vie sociale et politique. C'est là la conséquence de la réalité familiale fondée sur l'amour: en naissant de l'amour et en grandissant dans l'amour, la solidarité appartient à la famille comme donnée constitutive et structurelle. Cette solidarité peut prendre le visage du service et de l'attention à l'égard de ceux qui vivent dans la pauvreté et dans l'indigence, des orphelins, des handicapés, des malades, des personnes âgées, de ceux qui sont en deuil, dans le doute, dans la solitude ou dans l'abandon; une solidarité qui s'ouvre à l'accueil, à la garde ou à l'adoption; qui sait se faire l'interprète de toute situation de malaise auprès des institutions, afin qu'elles interviennent selon leurs finalités spécifiques » (Compendium, 246).

Elle y inclut les différentes générations : « Le souci de promouvoir et d’accompagner la famille est au centre de vos préoccupations de pasteurs. La famille n’est pas un modèle de relation parmi d’autres, mais un type de relation indispensable à l’avenir de la société. En effet, une société ne peut être saine si elle ne promeut pas l’idéal familial, pour la construction des relations conjugales et familiales stables, et pour de justes rapports entre les générations » , car « Origine et fondement de la société, la famille revêt une importance capitale dans l’établissement de la solidarité entre les générations. On ne cesse jamais d’être père, mère ou enfant » .

Le bien commun : « Le consentement matrimonial détermine et stabilise le bien qui est commun au mariage et à la famille. « Je te prends... pour épouse — pour époux — et je promets de te rester fidèle dans le bonheur et dans l'épreuve, dans la maladie et la bonne santé, pour t'aimer et te respecter tous les jours de ma vie (…) Les paroles du consentement matrimonial définissent ce qui constitue le bien commun du couple et de la famille. Avant tout, le bien commun des époux : l'amour, la fidélité, le respect, la durée de leur union jusqu'à la mort, « tous les jours de la vie ». Le bien de tous les deux, qui est en même temps le bien de chacun, doit devenir ensuite le bien des enfants. Le bien commun, par sa nature, tout en unissant les personnes, assure le vrai bien de chacune. Si l'Eglise, comme du reste l'Etat, reçoit le consentement des époux selon les termes indiqués plus haut, elle le fait parce c'est « inscrit en leur cœur » (Rm 2, 15) (…) Les paroles du consentement expriment donc ce qui constitue le bien commun des époux et elles indiquent ce qui doit être le bien commun de la future famille. Pour le mettre en évidence, l'Eglise leur demande s'ils sont disposés à accueillir et à éduquer chrétiennement les enfants que Dieu voudra leur donner » (Lettre aux familles, 10).

Propriété privée et destination universelle des biens : « Par ailleurs, s'il est vrai que le type de propriété privée qu'il considère au premier chef est celui de la propriété de la terre , il n'en demeure pas moins qu'aujourd'hui conservent leur valeur les raisons avancées pour protéger la propriété privée, c'est-à-dire pour affirmer le droit de posséder ce qui est nécessaire au développement personnel et à celui de sa famille, quelle que soit la forme effective prise par ce droit. Il faut l'affirmer une nouvelle fois devant les changements, dont nous sommes les témoins, survenus dans les systèmes où régnait le principe de la propriété collective des moyens de production, mais également devant les situations toujours plus nombreuses de pauvreté ou, plus exactement, devant les négations de la propriété privée, qui se présentent dans beaucoup de régions du monde, y compris celles où prédominent les systèmes qui reposent sur l'affirmation du droit à la propriété privée » (Centesimus Annus, 6).

Ce principe de la destination universelle des biens est en étroite relation avec le principe de la solidarité à travers l’option préférentielle pour les pauvres, qui est « une option, ou une forme spéciale de priorité dans la pratique de la charité chrétienne dont témoigne toute la tradition de l'Eglise. Elle concerne la vie de chaque chrétien, en tant qu'il imite la vie du Christ, mais elle s'applique également à nos responsabilités sociales et donc à notre façon de vivre, aux décisions que nous avons à prendre de manière cohérente au sujet de la propriété et de l'usage des biens.» (Sollicitudo Rei Socialis 42). Cette option implique la famille car, « l'expérience même de communion et de participation qui doit caractériser la vie quotidienne de la famille constitue son apport essentiel et fondamental à la société. Les relations entre les membres de la communauté familiale se développent sous l'inspiration et la conduite de la loi de la «gratuité» qui, en respectant et en cultivant en tous et en chacun le sens de la dignité personnelle comme source unique de valeur, se transforme en accueil chaleureux, rencontre et dialogue, disponibilité généreuse, service désintéressé, profonde solidarité. Ainsi, la promotion d'une authentique communion de personnes responsables dans la famille devient un apprentissage fondamental et irremplaçable de vie sociale, un exemple et un encouragement pour des relations communautaires élargies, caractérisées par le respect, la justice, le sens du dialogue, l'amour » (Familiaris Consortio 43).

 

Conclusion et références

Tout ce qui vient d’être présenté doit être promu et défendu, ainsi, «loin d'être seulement objet de l'action politique, les familles peuvent et doivent devenir sujet de cette activité, en œuvrant pour « faire en sorte que les lois et les institutions de l'État non seulement s'abstiennent de blesser les droits et les devoirs de la famille, mais encore les soutiennent et les protègent positivement.Il faut à cet égard que les familles aient une conscience toujours plus vive d'être les “protagonistes” de ce qu'on appelle “la politique familiale” et qu'elles assument la responsabilité de transformer la société ». À cette fin, l'associationnisme familial doit être renforcé: « Les familles ont le droit de créer des associations avec d'autres familles et institutions, afin de remplir le rôle propre de la famille de façon appropriée et efficiente, et pour protéger les droits, promouvoir le bien et représenter les intérêts de la famille. Au plan économique, social, juridique et culturel, le rôle légitime des familles et des associations familiales doit être reconnu dans l'élaboration et le développement des programmes qui ont une répercussion sur la vie familiale » (Compendium, 247).

Références magistérielles principales
- Rerum Novarum, 15 mai 1891
- Mater et Magistra, 15 mai 1961
- Pacem in Terris, 11 avril 1963
- Gaudium et Spes, constitution pastorale, § 46-52, 7 décembre 1965
- Charte des droits de la famille, 22 octobre 1983
- Laborem exercens, 14 septembre 1981
- Familiaris Consortio, exhortation apostolique, 22 novembre 1981
- Discours aux membres d’un congrès international, 6 novembre 1983 (DC n° 1864 du 18/12/1983)
- Sollicitudo res socialis, 30 décembre 1987
- Christifideles Laici, exhortation apostolique, § 40, 30 décembre 1988
- Gratissima Sane, lettre aux familles, 2 février 1994 (DC n° 20090 du 20/3/1994)
- Message au cardinal Camillo Ruini pour les 20 ans de Familiaris Consortio, 15 octobre 2001
- Centesimus annus , 1 mai 1991
- Catéchisme de l’Eglise Catholique, 1992
- Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise Catholique, 2004

 

 

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