S'engager après le Bac ? Rencontre avec le Père Stéphane Aumônier

Le Père Aumônier est responsable du Centre Missionnaire de la Vie depuis 1994. Ecole de vie missionnaire, elle forme des jeunes pendant une année

Votre école s'adresse à des étudiants : quels sont les enjeux de cet âge ?

Tout d'abord, commencer à dessiner sa façon de vivre, à faire des choix quotidiens : c'est l'âge des essais, mais, aussi des blessures (sentimentales par exemple) qui ont une répercussion importante sur leur avenir ; l'âge de la vie relationnelle qui amène souvent à constituer son groupe, son clan. C'est donc, se positionner : le contraire de se laisser entraîner, quand l'armure n'est pas assez solide, que les dépendances avouées ou non (alcool, écrans) sont sérieuses. Si c'est tentant d'être conforme ou conformiste, c'est beau de voir un jeune se lever pour la vérité, préférant pour sa vie ramer parfois à contre-courant plutôt que préférer le facile, le « comme les autres ». Évidence : celui qui va à contre-courant remonte à la source ; celui qui est perpétuellement dans le courant fuit la source ! Et la culture de vie, et la construction de valeurs chrétiennes incitent au contre-courant. Médecine, Éthique, Philosophie, Théologie, Pédagogie, Économie, Droit … qui sont enseignés en Ecole de Vie missionnaire, éclairent leurs choix.
C'est aussi s'approprier la Foi transmise : avec ses parents, le jeune est chrétien dans la pratique sacramentelle et parfois dans l'amour du prochain ; seul, que conserve-t-il ? Il est temps d'agir et de penser par soi-même, de prier avec goût et constance. Des débats réguliers à partir d'une catéchèse suivie et de l'analyse de la Doctrine Sociale de l'Église y contribuent.
C'est enfin ne pas se tromper dans la suite à donner à sa vie estudiantine, car le monde scolaire est une berceuse, une machine bien huilée, encadrée et vérifiée par les parents durant plus de 12 ans. L'après bac est, brutalement, un espace qui appelle au sens de l'organisation, de la responsabilité, du travail à long terme, de la recherche individuelle. La méthode employée : préparation des cours – enseignements – débats et re-questionnement.

Cet après bac, ce sont des études souvent très longues, pourquoi prendre (perdre selon certains) un an de plus ?

Parce que les études précédentes n'ont été ni « digérées », ni classées, désirant conserver tel essentiel et mettre de côté telle erreur ou telle influence négative sur une pensée honnête et libre. Parce que ce long temps de scolarité a besoin de clarification et d'appropriation. Mais surtout parce qu'il est sain et salutaire de ne pas se précipiter, donc de ne pas franchir les paliers d'un seul coup : scolaire - étudiant - vie professionnelle et conjugale. La Parole de Dieu qui éclaire notre vie entière est insistante vis-àvis de l'année sabbatique qui est une « année de repos pour la terre », tous les 7 ans, « un sabbat pour Yahvé » ; comprenons qu'on construit notre terre personnelle également sur la réflexion, le silence durable. Enfin, soyons logiques : on se plaint de l'immaturité des jeunes, des défis qui les attendent et on se satisfait des mêmes méthodes qu'il y a 50 ans. Cette année de maturité proposée c'est un bon calcul : non seulement on ne « perd » pas 1 an mais en 1 an on découvre ses capacités, ses talents enfouis, on passe au contraire à une vitesse supérieure. Très bon calcul pour ceux qui n'aiment pas les échecs ou les retards.

Prendre 1 an en École de Vie c'est décider de construire à partir de maintenant, et pas trop tard, l'unité corps-coeur-esprit, si recherchée dans des postes à responsabilités.

A côté de cette découverte plus grande de soi -même, y a-t-il d'autres bénéfices de ce temps à part ?

Si le jeune choisit de mûrir, de se responsabiliser davantage, il voudra solidifier sa maison intime. Quand on le demande aux jeunes qui ont vécu l'année en École de Vie les réponses sont toujours : une hygiène de vie, le goût du mouvement, la confiance en soi-même, la prise de parole en public, la personnalité affirmée, la foi découverte ou renforcée, le service des autres, la relation à sa famille transformée….. Durant toute l'année le mélange d'enseignements pluridisciplinaires, de vie de groupe, d'entretiens réguliers avec les meneurs, d'organisation d'accueils de jeunes, de prière essentiellement eucharistique et mariale… produit ce genre de bénéfices que tout parent espère.

Certains parents sont inquiets pour l'avenir de leur enfant. Que leur dites-vous ?

Bravo, de les aimer autant ! Mais sachez que ce n'est pas en mettant la pression sur les études qu'ils s'épanouiront. C'est plutôt en trouvant temporairement des lieux d'épanouissement humain et religieux qu'ils travailleront et orienteront durablement leur vie. Dans une École de Vie missionnaire on trouve les motivations pour être acteur et non spectateur, on y approfondit les raisons d'être courageux, on y exerce sa foi et ses valeurs. C'est ce moteur qu'il faut offrir. Prenez bien la mesure de son bonheur, de sa consistance d'homme ou de femme ; observez la présence de ses dépendances, la solidité de sa foi et de ses relations. La vie affective, relationnelle, spirituelle c'est aussi la colonne vertébrale. Ne vous laissez pas aller à réduire la valeur et les bienfaits d'une telle année de force : l'avenir de votre enfant n'est pas que… professionnel.

Est-ce pour tout le monde ?

Aucune oeuvre digne de ce nom ne peut accueillir un jeune pour un an sans discerner s'il correspond au projet ; il sera peut-être dissuadé, car ce n'est pas le moment pour lui dans sa vie ou qu'il n'a pas les forces pour le vivre, ou peut-être orienté ailleurs, là où sa demande sera davantage exaucée. Au Centre Missionnaire de la Vie, nous sommes assez réticents à recevoir un jeune qui connaît des fragilités psychologiques – souvent avec un suivi thérapeutique. – vu les dix mois intenses de services, d'études et de réflexions, souvent fatigants et bousculants.

Que font les élèves en sortant ? Trouvent-ils leur place dans le cursus étudiant ou sur le marché du travail ?

Tout style d'études ou de métiers (médecine, commerce, infirmière, ingénieur…) ou de vocations. Nous leur demandons d'ailleurs, au moment des entretiens préalables à l'inscription en École de Vie, leur projet d'études ou leur orientation générale. Elle sera analysée et travaillée pendant cette année-passerelle ; parfois elle sera modifiée, par le fait de la découverte heureuse de nouveaux talents ou choix de vie plus solides. Souvent la vision du « métier » est enrichie de l'amour des autres et ressemble davantage à un « métier-service ». Il est bon de savoir qu'une année, après bac, de don ou de discernement, de service ou de découverte est très appréciée par rapport à la masse des jeunes sans autre expérience, sans autre bagage que le diplôme de fin d'études.

Prendre un engagement dans une école ou en service « marquée catholique », n'est-ce pas se fermer des portes ?

Il y a plus de gens que nous ne l'imaginons, appelés « hommes de bonne volonté », qui reconnaissent l'Église Catholique experte en humanité. Le microcosme médiatique qui véhicule souvent des idéologies contraires à la foi ou à l'Église n'est pas partout présent dans les entreprises ou les grandes écoles. Et même si … n'est-ce pas déjà un premier choix adulte de baptisé !

Père Stéphane AUMONIER
Ecole de Vie missionnaire
Domaine Sainte Marguerite
60 590 Trie-Château
centremissionnairedelavie.fr
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Tél. 03 44 49 51 00