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Les motivations du bénévolat

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On croyait le bénévolat en voie d’extinction et, pourtant, c’est l’inverse qui se produit. Depuis 2010, on assiste au contraire à son développement massif, notamment chez les jeunes. Il y a de plus en plus d’engagements et de moins en moins de renoncements. Les associations fidélisent et améliorent ainsi leur image. Les enquêtes le montrent : dans l’ensemble, donner de son temps de façon désintéressée n’a jamais remporté autant de succès. Il est étonnant de constater que la crise économique n’a pas empêché l’accroissement du bénévolat, bien au contraire.

Si les jeunes s’engagent de plus en plus, la tendance est plutôt à la baisse pour les seniors. Le renouvellement des générations donne naissance à de nouvelles raisons d’adhérer. Les motivations répondent à des aspirations profondes : il s’agit de donner du sens au service d’une cause qui nous est chère, de remettre de la gratuité et du temps face à un monde pressé et consumériste. 21 % ont le souhait profond d’être utile en s’engageant en 2016.

Les difficultés inhérentes au monde associatif (manque de moyens matériels et humains), qui étaient l’un des principaux problèmes de l’engagement durable des bénévoles, n'empêchent pas aujourd'hui leur adhésion. Mais celle-ci est différente. Ils sont présents pour des services ponctuels et ne s'investissent pas dans la durée. 37% d’entre eux se sont engagés dans plusieurs associations à la fois. Les bénévoles d’aujourd’hui se sentent donc largement prêts à affronter les imperfections du monde associatif, certainement parce qu’ils trouvent en celui-ci des valeurs importantes auxquelles ils adhèrent : partage, solidarité, don de soi, générosité...

Les bénévoles donnent beaucoup, parce qu’ils reçoivent aussi beaucoup. Les rencontres sont nombreuses, très enrichissantes parce qu’elles sortent du milieu social et professionnel habituel. Cet échange entre donner aux autres et recevoir des autres est le moteur du bénévolat aujourd’hui.

Source : Enquête 2016 Sondage Ifop, France Bénévolat

Au cœur du bénévolat, la rencontre

Les bénévoles des AFC ont de nombreuses raisons de s’engager. Entretien avec Côme de Castelbajac et Marie-Hélène Ravidat, tous les deux présidents d’AFC.

Qui sont-ils ?

  • Marie-Hélène Ravidat est présidente de la fédération des AFC de l’Ain depuis trois ans. Elle est aussi membre du conseil d’administration de la CNAFC.
  • Côme de Castelbajac est président de l’AFC de Nantes depuis 2014 et membre du conseil d’administration de la CNAFC.

Qu’est-ce que pour vous le bénévolat ?

Côme de Castelbajac – Le bénévolat, c’est d’abord un travail non rémunéré. Le mot travail est trop souvent associé au salaire que l’on perçoit. Il n’y a pas que ça. Pour sentir sa valeur, je crois qu’il faut faire ressortir aussi la notion de gratuité. Le bénévolat est aussi une action citoyenne, un engagement pour la cité. Le bénévolat progresse en France, il est notamment de plus en plus plébiscité par les jeunes, certainement parce qu’il fait de plus en plus sens pour eux.

Marie-Hélène Ravidat – Je définirai le bénévolat en trois points principaux : tout d’abord, le bénévolat est pour moi un engagement civique dans le sens de l’engagement auprès de la cité, quand on participe à des clubs sportifs par exemple, à des assemblées générales. Le bénévolat est aussi un engagement relationnel : c’est une façon de rencontrer et de partager avec des personnes différentes de ce que l’on fréquente habituellement. Enfin il y a la dimension du don qu’il ne faut pas sous-estimer : on peut vivre en donnant, c’est un moyen de reconnaissance dans la société. Si on croit en quelque chose, il faut s’engager, c’est une manière d’incarner l’idéal. Ce qui me fait vivre, c’est la foi : pour moi, être catholique et non pratiquante n’a pas de sens. Le bénévolat fait aussi partie de la pratique.

Comment se caractérise ce don ?

M.-H. R. – Je donne d’abord beaucoup de temps. Il faut savoir d’ailleurs faire attention à ne trop en consacrer à ses activités bénévoles et à savoir en laisser à sa famille. On donne de son énergie, on y met ses tripes sans toujours un retour ou une gratification : l’ego doit être mis de côté. Nous sommes multitâches et, parfois, certaines tâches sont ingrates. Ce n’est pas un métier, on n’est pas recruté par rapport à nos compétences et on n’agit pas pour gagner sa vie.

C. de C. – Il se caractérise par le temps que l’on consacre. Il faut parfois empiéter sur les loisirs, sur le sommeil. Le risque est parfois d’empiéter sur notre propre vie de famille et notre travail. Un rééquilibrage est sans cesse nécessaire pour rendre compatible vie familiale, vie professionnelle et vie bénévole. Mais ça nous oblige en même temps à être plus efficace dans la gestion de son temps.

Quels sont vos engagements bénévoles ?

C. de C. – Je n’ai que les AFC. Je suis à la fois président de l’AFC de Nantes et administrateur à la confédération. N’avoir qu’un engagement est une manière pour moi de ne pas trop me disperser, de réaliser ma tâche bénévole le mieux possible et de préserver du temps pour ma famille et pour moi. Sinon, le risque est de tomber dans l’activisme et de ne plus être capable de se ressourcer.

M.-H. R. – Maintenant que je travaille de nouveau, je consacre à mes activités bénévoles cinq à six heures par semaine. Avant, c’était un véritable temps plein. Je m’investis pour les AFC, pour Alliance Vita, pour le journal de ma paroisse, en tant que parent d’élève… Avec mon mari, on a compté qu’on était adhérent de 18 associations. Avec cinq enfants, ça va vite.

Qu’est-ce que vous recevez en retour ?

M.-H. R. – Nous recevons beaucoup. Lorsque j’étais encore au foyer, le bénévolat m’a permis de continuer à agir au-delà de la famille, au sein de la cité. Mais le bénévolat m’a aussi aidée à retrouver un travail. J’ai eu de l’expérience acquise dans le bénévolat qui a ajouté de nombreuses lignes à mon CV. Le bénévolat est du temps donné, mais jamais perdu.

Les rencontres diverses et variées m’apportent beaucoup. Par exemple, les élus sont des personnes très différentes à l’opposé de nos idées parfois. Mais leurs réactions me permettent de regarder les choses sous des aspects différents.

C. de C. – Je retiens moi aussi les rencontres admirables et exceptionnelles que nous n’aurions jamais faites en dehors de notre engagement bénévole. C’est une manière d’aller au-delà de son cercle naturel. C’est important parce que cela rejoint ce que le pape François disait à propos des périphéries. On apprend aussi à mieux se connaître, ses forces et ses limites. On comprend rapidement qu’on a besoin des autres. Il ne s’agit pas d’un engagement solitaire, mais d’un travail en équipe. Les fruits que l’on récolte sont collectifs.

Quel est le sens pour vous de votre action au sein des AFC ?

M.-H. R. – L’AFC est un outil très riche qui touche de nombreux domaines comme l’éducation, la santé… Le sens de mon action au sein de la Fédération, c’est véritablement de promouvoir la famille. Que la famille aille bien ou mal, elle est dans le cœur de chaque individu : mon envie est d’encourager chacun à découvrir la force qu’elle lui apporte.

C. de C. – J’ai voulu m’engager à la suite de la Manif pour tous qui m’a permis de réfléchir à ce qu’était la famille, à sa fragilité ainsi qu’à la nécessité de la promouvoir. J’étais alors tout juste marié et nous venions d’avoir notre premier enfant. Ça a bien évidemment joué dans ma prise de décision, lorsque des amis engagés aux AFC m’ont incité à en faire partie. Le fait que les AFC reposent sur la sagesse de l’enseignement social de l’Église (ou Doctrine sociale de l’Église), ça m’a beaucoup plu aussi. Notre objectif est maintenant d’élargir l’audience de nos associations et d’arriver à toucher toutes les générations.

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