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Dossier : Les jeunes et la vie numérique

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La vie numérique fait désormais partie de la vie de nos enfants. Beaucoup de parents qui n’ont pas connu ces nouveaux moyens de communication sont parfois désemparés. Doivent-ils interdire, laisser faire ou bien promouvoir ? Ce dossier leur propose un ensemble de conseils et pratiques pour un accompagnement à un bon usage du numérique, en discernant les atouts et les limites que cette technologie offre à nous.

Donner un cadre à la vie numérique

De plus en plus de parents posent la question des libertés et des limites à donner à leurs enfants sur Internet. Des réponses concrètes avec Pascale Morinière et Marie Legrand.

Qui sont-elles ?

  • Pascale Morinière est vice-présidente des AFC et médecin. Elle est l’auteur avec Laura Bertail du livre Lucas et Léa, le cours de la vie (Salvator, 2013), un album d’éducation affective et sexuelle pour les enfants, et de Au secours, mon bébé a grandi, l’éducation affective et sexuelle des adolescents (Salvator 2018) destiné aux parents
  • Marie Legrand est présidente des Chantiers-Éducation au niveau national.

 

Dans quelle mesure les parents qui pour la plupart encore aujourd’hui n’ont pas connu Internet dans leur jeunesse, sont-ils armés pour éduquer les enfants à cet usage ?

Marie Legrand – Les parents ont aujourd’hui à construire des repères éducatifs nouveaux. Ils peuvent s’appuyer sur des ouvrages comme Enfance Télé Danger1 ou Guide de survie pour accros aux écrans de Serge Tisseron2. Mais il me semble essentiel pour éduquer les enfants à prendre de l’autonomie, à éveiller leur sens critique, de s’intéresser à ce qu’ils regardent : « Je vois que tu joues à Clash of Clans. Qu’aimes-tu dans ce jeu ? » « Et ce nouveau youtuber de quoi parle-t-il ? »…

Pascale Morinière – Oui, et les parents peuvent aussi hésiter à contrôler ce que font leurs ados sur les réseaux sociaux : « Mes propres parents n’ont jamais lu mon courrier ! ». Qu’ils ne se trompent pas de point de repère : les réseaux sociaux sont sur la place publique et si leur ado publie des photos compromettantes ou des commentaires déplacés, son employeur ne manquera pas, lui, de les repérer dans quelques années.

Le temps que les enfants et adolescents passent devant les écrans est une problématique récurrente pour les parents. Comment faut-il faire pour les en détacher ?

M. L. – Les enfants ont besoin d’un cadre précis de durée et de lieu d’utilisation des écrans. Il est important de déterminer avec eux le nombre de minutes ou d’heures par jour sur internet. Les box/applis proposent d’établir un programme marche-arrêt de la wifi. Les repas ou les sorties en famille peuvent être aussi exemptes d’écrans. Pourquoi pas aussi une semaine de vacances par an ? À nous, parents, de jouer le jeu également !

P. M. – En effet, ce ne sont pas les enfants qui ont un problème, ce sont d’abord les adultes. Lorsqu’ils prêtent leur portable à leur petit de trois ans pour le faire tenir tranquille ou lorsqu’ils consultent leur smartphone de manière réflexe toutes les cinq minutes, ce sont les adultes qui donnent une « ambiance-écrans » à toute la vie familiale. Demandons-nous d’abord quel temps passons-nous en jeux de société, bricolage, cuisine, jardinage, sport ou musique avec nos enfants ?

Le contrôle parental est-il suffisant pour limiter l’enfant dans sa navigation sur Internet ?

P. M. – Le contrôle parental est indispensable à condition de l’installer sur tous les écrans (ordinateurs, tablettes, smartphones, Iphone). Cela ne garantit pas que l’enfant ne sera jamais confronté à un contenu violent ou pornographique. Le contrôle parental doit s’accompagner de vigilance à la maison (consultations internet dans une pièce commune), pour les invitations et les activités extra scolaires mais aussi d’un travail éducatif visant à l’avertir à l’avance des dangers et de la manière d’y réagir.

M. L. – Les enfants ont souvent des recherches à faire pour leurs devoirs scolaires. À cette occasion, les parents peuvent également éduquer leurs enfants à bien vérifier les adresses sur le moteur de recherche avant de cliquer dessus. Cela évite bien souvent de tomber sur des sites peu scrupuleux.

À partir de quand est-il raisonnable de permettre à l’enfant de s’inscrire sur les réseaux sociaux, avec tous les dangers que cela peut comporter ?

P. M. – Des dangers et une activité souvent stérile ! Sur Facebook, l’âge est de 13 ans. C’est un âge raisonnable pour certains, mais pour d’autres, il faudra attendre davantage : il n’y a pas de recette, tout dépend de l’enfant. Sans être « ami » de son enfant, il est bon d’y glisser un œil de temps en temps.

M. L. – Faire comprendre à ses enfants qu’il vaut mieux bien choisir ses amis est très important : des amis qu’ils connaissent physiquement plutôt que de nombreux amis. On peut les inciter à aimer des pages telles que celle de l’aumônerie de son école, du groupe scout ou du club de sport.

Ne faut-il pas rappeler à l’inverse qu’Internet peut être considéré comme un lieu éducatif pour les jeunes ?

P. M. – Internet peut être un lieu instructif plus qu’éducatif. Il faut en revanche éduquer le jeune à savoir discerner au milieu de tout ce qu’il y trouve : Wikipédia n’est pas LA vérité. Les parents devront aussi éduquer à se comporter sur les réseaux sociaux comme dans la « vraie vie » : « bonjour, s’il vous plait et merci », les règles de politesse et de comportement habituels y sont requises et excluent donc moqueries, harcèlement, médisances….

M. L. – Je pense également qu’internet est instructif plus qu’éducatif. Les lycéens peuvent par exemple trouver des compléments de cours ou réviser sur Les Bons Profs3. Les curieux observeront en 3D la circulation du sang dans le cœur ou le fonctionnement d’un volcan. Les parents profiteront d’entretenir l’orthographe de leurs enfants à l’aide de sites qui proposent des dictées audio.

  1. www.enfanceteledanger.fr
  2. Nathan, 2015
  3. www.lesbonsprofs.com

Numérique, la nécessité d’une formation : L’École des parents à Lille

Pendant toute une année, un cycle de conférences a permis aux parents de se former pour une éducation de leurs enfants, respectueuse de la Création. Cette École des parents a suscité de nombreuses interrogations sur le rapport des jeunes à la vie numérique et la nécessité d’un détachement vis-à-vis de ces nouvelles technologies.

Un beau succès

Cette École de parents a fait de nombreux adeptes, certaines conférences atteignant jusqu’à 150 participants. Le public allait au-delà du seul cercle des AFC. Ce fut l’occasion tout au long de l’année de susciter des adhésions. Des fiches étaient toujours proposés avant et après les conférences. Ailleurs des relais de tractage sont organisés dans les paroisses et chez les scouts. D’autres conférences trimestrielles sont organisées hors du cadre de l’École des parents. L’AFC de Lille compte désormais près de 200 adhérents.

Les demandes ont été insistantes lors de l’École des parents, initiative originale mise en place par l’AFC de Lille pour l’année scolaire 2017-2018. Alors que les sujets abordés ont traité indirectement du rapport des jeunes à la vie numérique, la plupart ont ressenti le besoin d’être mieux formés. De nombreux parents ont suivi assidument ce cycle de conférences dont le but est de les aider à mieux appréhender les défis éducatifs qui se présentent à eux. « Pour l’année scolaire 2019-2020, nous nous concentrerons sur le thème du numérique, souligne Bénédicte Breux, présidente de l’AFC de Lille. Les jeunes parents se sentent désabusés et sont en quête de formation bien précise. Beaucoup ont insisté et pas seulement au sein des AFC : en tant que professeure, j’entends de nombreux parents témoigner de cette nécessité ».

Sans en parler, le numérique fait parler de lui

Pourtant, sans le savoir, cette année scolaire fut riche d’enseignements. Même s’il n’était pas question de numérique, il en était toujours un peu forcément. Ces huit conférences qui ont rassemblé chacune jusqu’à 150 personnes ont traité de nombreux domaines qui touchent de près ou de loin à la vie numérique. « Tous les sujets ont fait naître des besoins dans l’éducation à la vie numérique, ajoute Bénédicte Breux. La conférence d’Yves Semen sur la vie affective et sexuelle nous a fait prendre conscience qu’il fallait prendre soin de sa famille, être à son écoute, ce qui englobe obligatoirement la question du numérique, de la place qu’il prend dans notre vie. » Ce soir-là, de nombreux pères de famille étaient présents. Le sujet de la pornographie a vite été abordé et là encore, parler d’Internet et de l’exposition des enfants devant les écrans s’imposait.

Sur d’autres conférences, au contraire, le numérique n’était pas abordé, comme s’il était nécessaire de parler de choses plus fondamentales dans l’éducation pour comprendre à quel point la connexion permanente n’est absolument pas une nécessité. Il a été question de permaculture, d’écologie intégrale et humaine, d’alimentation, des remèdes de Sainte-Hildegarde… Tous ces sujets répondaient au thème central de l’École des parents : Pour une éducation respectueuse de la Création. La connexion à la Création, au réel est sans doute le meilleur antidote contre l’excès numérique.

Source graphique : Baromètre 2017 des usages numériques (Credoc) ; Édition 2017 de « Junior Connect’ »

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