PMA, révolution technologique… et l’homme dans tout ça ?

 

Très informés sur les questions éthiques en politique, le père Laurent Stalla-Bourdillon et le député Thibault Bazin alertent sur les dérives technicistes du projet de révision des lois bioéthiques.

Qui sont-ils ?
Père Laurent Stalla-Bourdillon est directeur du service pour les professionnels de l’Information à l’archevêché de Paris et Thibault Bazin est le député de la 4e circonscription de Meurthe-et-Moselle.

Quelle est votre opinion sur cette loi qui englobe à la fois des questions d’intelligence artificielle, de greffes, de neurosciences, de PMA, d’euthanasie… ? Révolution technologique bioéthique

Thibault Bazin – Il n’y a pas encore de projet de loi. Nous savons juste que le Gouvernement veut autoriser la PMA pour les couples de femmes et les célibataires. Par contre, je suis très inquiet sur les intentions de la majorité à l’Assemblée nationale, qui souhaite aller très loin sur tous les sujets sous prétexte de l’évolution de notre société.

Laurent Stalla-Bourdillon – Il s’agit en réalité d’apporter des réponses législatives à l’irruption des technologies dans l’ensemble de la vie sociale. Le pouvoir exorbitant des techniques est la source d’autant de promesses que de menaces. La question essentielle est donc : comment protéger le vivant ? Ce qui va affecter le corps individuel de chacun à cause des manipulations génétiques, aura des conséquences sur le corps social à travers la sélection embryonnaire. De même, le recueil des données en masse va permettre de saisir la vie sociale et conditionnera d’autant la vie individuelle.

« Même si ces questions devraient être du ressort de la conviction et de l’intime, les critères politiques, techniques et économiques influenceront les débats. » Thibault Bazin, Député de Meurthe et Moselle

L’acte législatif saurait-il ici s’ériger en nouvelle norme morale ?

L. S.-B. – Il est clair que nos sociétés ne parviennent plus à articuler correctement le plan moral du plan légal. Parce que nous n’acceptons plus que l’être humain soit référé à une source transcendante qui fonde les droits et qui détermine son authentique développement, nous nous pensons libres d’énoncer la vérité dernière de la moralité de nos actes. Dès lors, l’utilitarisme technologique permettant de répondre à des désirs et à des souffrances rend légitime toutes les requêtes.

T. B. - Le pouvoir législatif a la possibilité d’ériger de nouveaux droits, de nouvelles normes, mais ce n’est pas en légalisant telle action ou telle situation qu’on la rend « morale » pour autant. L’éthique semble être l’artifice technique pour légaliser ce que la morale pourrait réprouver. Il revient à chacun ensuite, en son âme et conscience, de discerner ce qui lui semble moral.

Le souci de l’humanité saura-t-il prévaloir sur les intérêts économiques, techniques et politiques de ce débat ?

T. B. - Il faut être malheureusement réaliste. Le « mariage pour tous » a servi à souder une majorité et à compenser des résultats décevants sur le plan socio-économique. Le but de la future loi ne sera-t-il pas le même ? Même si ces questions devraient être du ressort de la conviction et de l’intime, les critères politiques, techniques et économiques influenceront les débats. L’argument de l’évolution de la société va être évoqué bien souvent pour faire adopter telle ou telle mesure, contraire au souci de l’humanité et aux principes que j’ai rappelés.

L. S.-B. – Il y a tout à craindre hélas que la réflexion éthique sur l’usage des techniques ne parvienne pas à tenir en garde la puissance des marchés. Car, après tout, le moteur principal de nos sociétés techniciennes reste la rentabilité des investissements. Le corps humain est le nouveau continent à explorer en ce XXIème siècle.

« L’être humain n’a pas son origine dans les manipulations techniques des gamètes, mais dans la conception que se font ses parents, conscients que leur enfant ne vient pas d’eux, mais leur est donné. » P. Stalla-Bourdillon, diocèse de Paris

Comment répondre à l'aspiration fondamentale de la paternité ?

T. B. La technique doit avoir ses limites. La paternité ne peut être érigée en droit fondamental. C’est avant tout un devoir, et même une responsabilité, quand on donne la vie avec une femme. Au lieu du droit à l’enfant, on doit privilégier l’intérêt de l’enfant pour qui la filiation biologique a son importance.

L. S.-B. – Paternité et maternité n’existent pas l’une sans l’autre. La nature a voulu que seule l’union des corps masculin et féminin ouvre la voie à un nouvel être humain. Pour faire l’expérience de la paternité et de la maternité, il faut « un autre » avec soi : une femme pour un homme et un homme pour une femme. L’être humain n’est jamais produit, il est conçu. Il n’a pas son origine dans les manipulations techniques des gamètes, mais dans la conception que se font ses parents, conscients que leur enfant ne vient pas d’eux, mais leur est donné. En supprimant la paternité humaine, nous supprimons aussi le plus court chemin qui mène à Dieu, et finalement Dieu lui-même, rejeté comme donateur de vie.