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Demographie-conditions de vie

Y-a-t-il une saison pour faire des bébés ?

Le sujet pourrait paraître anecdotique, voire frivole ! Pourtant, il y a un an, une étude de l’INED confirme l’existence d’un phénomène de « saisonnalité » des naissances, au cours de l’histoire et au cours de l’année. Un sujet particulièrement d’actualité puisque la Saint Sylvestre semble être ce moment propice …

Entre le XIXème et le XXème siècle, le pic des naissances s'est déplacé de mai à septembre pour arriver à une situation paradoxale où « le printemps rassemble à lui seul les trois-quarts des préférences [d'accouchement des femmes] et, à l'inverse, septembre qui est aujourd'hui le mois le plus fécond de l'année n'est cité que par 2 % des femmes ». Et les auteurs d'avancer que « ce « paradoxe de la saison de naissance » - il naît davantage d'enfants à une période où le moins de femmes souhaitent accoucher - pourrait s'expliquer par le fait que les couples ignorent qu'une grossesse ne s'obtient pas forcément dès le premier mois après l'arrêt de la contraception et qu'il leur faut souvent plusieurs mois pour concevoir ». Certains verront sans doute aussi dans ce paradoxe des motivations plus pragmatiques liées à l'optimisation des congés parentaux.

Corollaire de ce constat sur le pic de naissances en septembre, celui d'un pic de conceptions autour de la Saint-Sylvestre, phénomène qui, peut-on lire, « se retrouve également dans beaucoup d'autres pays » : « les conceptions donnant lieu à une naissance vivante sont presque deux fois plus nombreuses ce jour-là que tout autre jour de l'année ». On ne pourra que donner crédit à l'explication avancée suivant laquelle à cette date, « les couples cherchant à concevoir ... sont alors probablement plus nombreux à être réunis ». Les auteurs ajoutent à ces conditions saisonnières un autre trait, semble-t-il aussi saisonnier, mais plus dramatique et confirmé de façon saisissante par cette enquête dans ses effets, « une moindre vigilance contraceptive […]. Le nombre d'IVG pour des grossesses démarrées ce jour-là est en effet trois fois supérieur à celui d'un jour normal ».

Le sujet est-il donc frivole… ? Si la Saint Sylvestre paraît être ce moment propice à la conception, c’est pour des raisons effectivement… légères, mais dont les conséquences sont sérieuses. Car tout semble laisser penser qu’on est loin ici du désir d’enfant.  Une motivation supplémentaire à développer des actions dans le domaine de l'éducation affective et sexuelle pour rappeler que l'amour est une relation qui permet de se réaliser mutuellement en totalité. Il vient aussi mettre en évidence qu'aimer doit engager toute la personne et que le bienfait de l'amour est l'épanouissement à la fois des sentiments, de la psychologie, de l'intelligence, en même temps que du corps... Bonne année !

Source : Population & Sociétés, « Y-a-t-il une saison pour faire des enfants », n° 474, Janvier 2011 http://www.ined.fr/fr/ressources_documentation/publications/pop_soc/bdd/publication/1527/

Avez-vous des enfants ? Si oui, combien ?

La réponse à cette question constitue un des chapitres du Portrait social 2011 de la France que l’INSEE vient de publier.

Pas de grande surprise à la lecture de ces pages particulièrement bien renseignées, mais un certain nombre d’informations utiles à la réflexion au moment où le Gouvernement travaille au projet de loi famille, où les familles avec enfants sont mises à contribution par la politique fiscale…

Constat que, en 2011, plus d’un homme sur cinq nés entre 1961 et 1965 n’a pas d’enfant, les auteurs expliquent que « le fait de n’avoir jamais vécu en couple est le déterminant principal de l’infécondité : près d’un homme sans enfant sur deux n’a jamais vécu en couple ».  Peut-on alors affirmer avec assurance, comme le font nombre d’experts, que c’est l’enfant qui fonde la famille ? L’hypothèse est, en tout cas intéressante et à mettre en regard d’un autre constat : celui de l’augmentation des couples sans enfants. A ce niveau, les chercheurs explique que « la hausse de la part de couples sans enfant dans ces générations d’hommes et de femmes pourrait traduire un refus de la parentalité plus fréquent que dans les générations précédentes, car rendu réalisable par un nouvel environnement sociétal et médical ». Là encore, rien de vraiment nouveau, mais la confirmation d’un état social d’infécondabilité, du lien, dans ce contexte, entre diffusion de la contraception et avortement, du décalage dans le temps des maternités… Il leur semble cependant possible de répondre plutôt négativement à la question de savoir si l’infécondité continuera de progresser.

Autre transformation confirmée : la réduction du nombre des familles nombreuses (ainsi, pour les femmes nées en 1961-1965 la part de celles mères de 4 enfants et plus est passée sous la part des 10% alors qu’elle était de plus de 20 % pour celles nées 30 ans plus tôt ; la baisse suit une pente analogue pour les hommes).

Enfin, les auteurs observent que les différences de fécondité se réduisent à la fois entre non-diplômés et diplômés et entre catégories sociales. Pour le premier constat, ils relèvent une limite à l’exercice qui est que la population concernée a évolué avec l’augmentation générale du niveau des diplômes ce que peut venir affiner le second constat. Reste que « malgré leur réduction, les écarts restent élevés : en 2011, parmi les femmes nées entre 1961 et 1965, les mères sans diplôme ont eu en moyenne 2,74 enfants au cours de leur vie contre 2,17 pour les mères titulaires du bac ou d’un diplôme supérieur ». Un tel constat, même si la tendance peut être au rapprochement entre ces courbes posent évidemment plusieurs questions : celle de la persistance dans le temps du dynamisme démographique et, partant, celle de ces conditions. La cohérence dans le temps de la politique familiale n’y est pas pour rien. Elle semble bien malmenée depuis plusieurs années posant la question de la capacité de répondre aux besoins et inquiétudes des familles.

Quelle réponse politique aux aspirations des jeunes en matière de famille ?

Famille avec 3 enfantsAujourd’hui, de nombreux jeunes âgés d’une vingtaine d’années aspirent à fonder une famille. Ils semblent pourtant penser que ce n’est pas de leur âge. Comment comprendre ce paradoxe ?

La famille figure en effet, en très bonne, voire en première place parmi les sources de bonheur qu’ils reconnaissent. De la baisse du nombre des premiers mariages, que signale l’INSEE pour 2009, à des pratiques aussi insolites que les mariages sponsorisés, de nombreux indices laissent même penser que la famille fondée sur le mariage a de la saveur pour ces jeunes. Pour eux, comme pour nombre de leurs contemporains, la famille est une « valeur » et elle a de la valeur : pour ce qu’elle est, même blessée, et pour ce qu’elle pourrait ou devrait être.

Pourtant, ces aspirations à fonder une famille entrent en tension avec une forme de réticence, une hésitation à poser ce choix et conduit à en retarder la réalisation.

A n’en pas douter, cela révèle un manque de confiance et un enjeu politique car des familles qui se fondent, et des familles fondées sur le roc, sont des bases solides pour la société. Les pouvoirs publics peuvent-ils intervenir pour créer des conditions favorables à ce choix ? Que peuvent-ils faire dans un contexte où tout se passe comme si l’individu était dissuadé de s’engager dans des choses « réelles » comme le travail, la politique, la famille… avant un certain âge ?

Il ne s’agit pas tant d’inciter à fonder une famille ; certains s’y sont essayés et cela n’a conduit qu’à l’avènement de «familles d’Etat ». Il convient plutôt de faciliter la mise en œuvre d’un vrai choix personnel en identifiant les freins qui pèsent sur ce choix pour, ensuite, trouver les moyens de les lever.

Ces freins sont nombreux. Sur le plan matériel, les difficultés d’emploi, de logement (réelles ou supposées, craintes dans tous les cas) s’ajoutent aux incertitudes liées au coût des études des enfants, à la retraite… De son côté, la réflexion même sur le sens de ce choix, sur ce que va vivre la famille, fait plus de place au « quoi ?» (quel niveau de vie ? quelles épreuves ?...) qu’au « comment ?» (et d’abord que la famille va avec le vivre « ensemble »).

Des études sur la conjugalité, le taux de fécondité… éclairent les choix en matière familiale, mais aussi certaines de leurs conditions de réalisation. Elles montrent aussi combien la force des freins évoqués précédemment varie en fonction de l’âge et donc que les réponses attendues relèvent autant d’une politique familiale que d’une politique de la jeunesse.

C’est une piste sérieuse pour rendre justice aux aspirations de nos jeunes contemporains ! Inutile de dire qu’ils attendent des réponses audacieuses.

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