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A propos du cas Vincent Lambert

logo cedhLa CEDH doit rendre le 5 juin son verdict sur le cas Vincent LAMBERT. Prochainement elle dira si l'on doit ou non stopper l'alimentation et l'hydratation de Vincent. Terrible attente.

Notre propos aujourd’hui n’est pas de prendre position sur l’état de santé de Vincent Lambert, ni de juger si la procédure est conforme à la loi LEONETTI.
Une chose est sûre : quel que soit son degré de conscience, Vincent LAMBERT n’est pas en fin de vie. Il possède même une grande énergie vitale, puisqu’il a survécu à 31 jours d’arrêt de son alimentation.

Le point de vue des AFC

Dans son préambule au projet de loi, le rapport CLAEYS-LEONETTI disait que « l’alimentation et l’hydratation artificielles peuvent constituer un cas d’obstination déraisonnable ». Et ajoutait que « l’obstination déraisonnable peut également concerner les personnes qui se trouvent dans un état végétatif chronique ou pauci-relationnel » « Ces personnes sont hors d’état d’exprimer leur volonté et sont nombreuses à n’avoir pas rédigé de directives anticipées. Or il est permis de penser que ces personnes pourraient qualifier ces situations d’obstination déraisonnable si elles pouvaient s’exprimer ».

Le projet de loi accepté par l’Assemblée Nationale se propose de régler dans son article 3 les cas similaires par un arrêt de l’alimentation et l’hydratation artificielles associé à une sédation profonde et terminale : « Lorsque le patient ne peut pas exprimer sa volonté et au titre du refus de l’obstination déraisonnable, dans le cas où le médecin arrête un traitement de maintien en vie, le médecin applique une sédation profonde et continue provoquant une altération de la conscience maintenue jusqu’au décès associée à une analgésie. »*

Le préambule de cette loi ne peut que nous inquiéter même s’il n’y est pas dit que le médecin arrête systématiquement le traitement de maintien en vie de ces patients.

Cette inquiétude est renforcée par le fait que le Conseil d’Etat, lorsqu’un cas litigieux se posera, ira rechercher l’intention du législateur qui a proposé la loi. Ne risquera-t-il pas alors de qualifier abusivement d’obstination déraisonnable, le maintien en vie d’une personne en état pauci-relationnel ? Cette décision aurait-elle alors un impact sur les 1500 autres patients actuellement dans une situation proche de celle de Vincent Lambert ?

Par ailleurs pouvons-nous déduire la volonté d’un patient dans cet état, à partir des réflexions qu’il a exprimées lorsqu’il était en bonne santé ? En effet nous constatons chaque jour que nous supportons des évènements que nous n’imaginions pas pouvoir supporter avant d’y être confrontés.

Est-il permis, pour reprendre l’expression du rapport, de penser pour un autre à partir de nos propres sentiments d’homme ou de femme en bonne santé ? Est-ce à nous de juger de la dignité d’une vie ? Quand nous ne savons pas entrer en communication avec des patients en état pauci-relationnel, est-ce une raison pour dire que leur vie n’a pas de valeur ?
Un patient en état pauci-relationnel est un être vivant, gravement handicapé et de manière irréversible, mais pleinement humain.

La vie, même diminuée, est encore la vie. Ce n’est pas une moitié de vie, c’est la vie autrement.

* Le texte a depuis été amendé par le Sénat

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