Pilule gratuite pour les adolescentes : un bon investissement ou un signal très négatif ?

Marisol Touraine, ministre de la Santé, souhaite, dans le cadre de la réforme budgétaire de la Sécurité Sociale, que la pilule contraceptive soit désormais gratuite pour les mineures de 15 – 18 ans.

Une nouvelle annonce « surprenante », dans la continuité de celle du remboursement à 100% des interruptions volontaires de grossesse (IVG). Parallèlement, on apprend une augmentation des taxes et des contributions... La logique – économique – s'y perd, d'autant plus lorsque le déficit des comptes de la Sécurité sociale n'est plus à prouver. La logique, éducative, suscite également de graves interrogations. Cette disposition est de fait particulièrement inadaptée pour plusieurs raisons.

L'enjeu de la question de la prévention des « grossesses non désirées » (qui semble être l'objectif affiché de la mesure) est d'abord éducatif. Il ne se résume pas à prévenir les MST et à verrouiller la fécondité. Pour l'atteindre, il convient de développer une véritable éducation affective et sexuelle, seule à même d'enrayer de manière durable le problème des IVG croissantes chez les adolescentes. La mesure annoncée par Madame Touraine ne permettra donc pas de répondre effectivement aux impasses dans lesquelles peuvent se retrouver un nombre important d'adolescentes, ni, par conséquent, d'évincer le coût – moral et financier – engendré par une sexualité précoce.

Par ailleurs, et toujours pour mettre en œuvre des mesures efficaces, plutôt que de mettre en œuvre une gratuité de la contraception, il serait utile d'étudier les populations de jeunes filles qui démarrent une grossesse, d'identifier des facteurs de risque et de lutter contre ceux-ci.

Pour les AFC, la cause principale du nombre élevé de grossesses chez les mineures réside dans les visions limitées et incomplètes de la sexualité qui circulent aujourd'hui dans la société. Pour beaucoup d'adolescents, en effet, la pornographie tient lieu de référence en matière de sexualité. Cette dimension est soulignée de façon récurrente maintenant par de nombreux rapports officiels.

Développer une véritable éducation affective et sexuelle de leurs enfants doit aller de pair avec le souci d'aider les parents à accomplir leur rôle de premiers éducateurs de leurs enfants dans ce domaine aussi, plutôt que de les démissionner d'office en proposant un accès gratuit, et donc libre, à la contraception pour les mineures.