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Réflexions à propos du pass-contraception.

Le professeur Israël Nisand a rendu son rapport sur le pass-contraception le 26 septembre à madame Jeannette Bougrab, secrétaire d'Etat chargée de la Jeunesse et de la vie associative. Le rapport complet, dans le cadre duquel la CNAFC a été auditionnée, a été rendu public fin novembre.

Ce rapport s'attaque au dogme du « tout pilule » : « Il y a trop de contraception orale chez les filles mineures. L'oubli est fréquent, et du coup, les jeunes filles risquent de tomber facilement enceintes. Le corps médical doit de plus en plus aller vers une contraception indépendante de la volonté », estime le professeur Nisand.

Entre 2001 et 2007, le nombre d'interruptions volontaires de grossesse a en effet augmenté chez les mineures, et ce malgré la pilule. Pour Israël Nisand, l'implant contraceptif* permettrait d'inverser cette tendance.

Voici les arguments que nous avons développés lors de notre audition :

Un problème de santé publique

Il y a un nombre à peu près stable d'IVG dans la population générale, autour de 14 pour 1000 chez les 15-49 ans (14/1000 en 2000 et 14,7/1000 en 2007), mais il y a dans le même temps une augmentation, essentiellement chez les adolescentes, de 4,7 à 6 pour 1000 entre 2001 et 2007.

La contraception n'a pas démontré son efficacité pour faire régresser le nombre d'IVG

(Rapport de juin 2011 du centre d'analyse stratégique)

Les Françaises ont le record mondial de l'utilisation des contraceptifs, toutes méthodes confondues : 90% des 15 - 49 ans ; tout en gardant un chiffre élevé de recours à l'IVG (7e sur 20 pays d'Europe occidentale (source OMS).

On note que 2/3 des femmes ayant recours à l'IVG ont déjà un moyen contraceptif.

L'échec de la croyance qui a court depuis 45 ans sur la « pilule » censée faire régresser l'avortement est reconnu dans le rapport de l'IGAS de 2009 : « La diffusion massive de la contraception n'a pas fait reculer le nombre des IVG ».

Quel bilan pour les « contraceptions d'urgence » ?

Le Norlevo lancé en 1999 avec l'espoir de faire régresser le nombre de grossesse chez les adolescentes n'a clairement pas répondu à cet objectif, malgré les 450 000 unités délivrées annuellement, puisque les IVG adolescentes ont augmenté dans le même temps.

Stabilité du nombre de grossesses adolescentes

Le nombre de grossesses chez les adolescentes semble relativement stable. Ce qui augmente, c'est le nombre d'IVG.

Pour 18 000 grossesses, 70% aboutissaient à une IVG en 2006 (soit 11000 IVG), contre 40% il y a 30 ans (soit 4500 IVG).

Explication : La modification de la « norme procréative » (Nathalie Bajos INSERM) implique que pour un même nombre de grossesses non désirées on aura plus facilement recours à l'IVG. Tout se passe comme si la contraception contribuait à augmenter le nombre d'IVG.

Il semble donc qu'un renforcement supplémentaire du dispositif contraceptif en direction des jeunes aurait comme résultat d'augmenter encore le nombre d'IVG.

Le rôle des parents

Les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants et cela ne concerne pas que la petite enfance mais bien l'accompagnement jusqu'à l'entrée dans l'âge adulte avec ce que cet âge signifie de maturité et d'autonomie. Il est légitime que sur une question aussi intime et délicate, que l'on ne peut limiter au champ sanitaire, mais qui impacte les choix de vie, les convictions profondes, les parents ne soient pas contournés.

On ne peut à la fois accuser les parents d'être démissionnaires et les « démissionner » d'office.

L'entrée dans la sexualité ne se résume pas à prévenir les IST et verrouiller la fécondité. L'entrée dans la sexualité n'est pas qu'une question technique ordonnée à l'absolu du plaisir. Il s'agit pour les parents d'un enjeu éducatif essentiel car susceptible d'engager la vie future, la vie de couple, la vie familiale de leurs enfants. L'éducation affective et sexuelle est naturellement de leur ressort et non de celui d'un tiers. Il est préférable de leur donner les moyens d'agir plutôt que de les déresponsabiliser davantage.

 

Quelles pistes pour lutter efficacement contre l'IVG ?

 

  • L'éducation affective et sexuelle :

  • Il serait bon de commencer par appliquer la loi de 2001 et sa circulaire de 2003 : 3 interventions par niveau de la maternelle à la terminale chaque année. Les expériences étrangères (Pays Bas) montrent que plus d'informations entraine un retard d'entrée dans la vie sexuelle active, moins de partenaires, moins d'IVG et moins d'IST.

  • Dans le champ des SVT, nous avons noté, à côté de la polémique autour du Gender, la disparition de l'enseignement de la reproduction aux premières L et ES, ce qui est une aberration dans le contexte actuel.

  • Plus d'IVG pourraient être évitées par des mesures d'aide psychosociales : en particulier, l'entretien psychosocial, aujourd'hui seulement proposé avant une IVG pourrait être à nouveau un passage obligé permettant à l'adolescente de faire un vrai choix et, peut-être, de limiter les récidives.

  • La scolarisation et la lutte contre la déscolarisation sont un pivot du dispositif à mettre en place puisque les adolescentes enceintes sont 10 fois plus nombreuses à avoir quitté le système scolaire.

  • Enfin, ne pas renforcer le verrou contraceptif qui aurait l'effet inverse à celui recherché.

 

*Il s'agit d'un implant sous cutané à base de progestérone qui peut rester 3 ans en place. Il agit en bloquant partiellement l'ovulation effet contraceptif) et surtout en empêchant la nidation de l'embryon (effet contragestif, c'est à dire abortif précoce). Il comporte de plus de nombreux effets secondaires.

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