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Vie affective et sexuelle

Dossier de l'été : Quel défi l’éducateur doit-il relever en matière d’éducation affective et sexuelle ?

L'éducateur, parent ou autre, a pour mission de transmettre les valeurs qui lui sont essentielles, qu'il a faites siennes et qu'il s'efforce de vivre. Il mène à bien ce rôle dans le contexte spécifique de l'adolescence marqué par une relation difficile à soi-même, par exemple du fait des transformations physiologiques qui interviennent à cet âge, et au monde adulte auquel l'adolescent est en passe d'accéder. C'est la forme même du rapport à soi et aux autres qui se modifie à cet âge. Tout cela induit une forme de mal-être plus ou moins profond.
Le défi principal de tout éducateur est toujours de rendre libre, d'une liberté qui permette des choix ; c'est particulièrement nécessaire dans les domaines liés de l'affectivité et de la sexualité. Pour cela, il lui faut relever bien d'autres défis afin d'apaiser l'adolescent qui est en face de lui et de rendre crédibles les réponses qu'il tentera de lui apporter.

Son premier défi est celui de son « savoir être propre », dans la mesure où il est le référent ; il se doit d'être lui-même au clair avec les problèmes abordés ; il doit en particulier vouloir vivre en cohérence, même s'il doit en même temps savoir se montrer modeste.

Ensuite il lui faut se montrer respectueux. Il a confiance dans cet adolescent et ses capacités et le lui montre. Il ne cessera jamais de l'estimer, le lui dira, le confortera dans sa valeur.

Il doit aussi le conduire par l'émerveillement face à la nature, à sa nature ; il lui communique son enthousiasme et son espérance. Il s'agira de lui faire « percevoir » les bienfaits, les bénéfices de ce que l'adolescent commence à discerner. Il ne pas s'agira en même temps d'occulter les difficultés qui inéluctablement se présentent sur la route vers ce qui est discerné.

Il écoute les préoccupations de l'ado, pour décoder sans interpréter, il est un facilitateur d'expression pour faire émerger dans le cœur et l'esprit du jeune des convictions qui lui seront propres, en l'aidant à réfléchir afin qu'il trouve ce qui est bon et mauvais pour lui, qu'il balise sa liberté. L'éducateur échange, propose, mais ne plaque pas ses certitudes. Il aide à identifier où commence « une relation sexuelle » : quel sens peut être donné aux gestes tendres, au baiser amoureux, au flirt, à une rencontre plus charnelle... Il aide à comprendre que tout n'est pas permis, même quand l'autre est d'accord, en mettant en évidence le sens des paroles et des gestes, et comment ils traduisent les sentiments.

Son savoir, sans cesse mis à jour, lui permet d'informer objectivement, sans aucun tabou mais avec retenue.
Les parents restent les éducateurs privilégiés de leurs enfants. Cependant, certains sujets peuvent être d'un abord délicat ou trop impliquant ; il paraît alors souhaitable que le jeune trouve, plutôt qu'auprès des copains ou des médias, auprès d'autres éducateurs correctement formés, les réponses aux questions qu'il se pose !


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« L'éducateur va commencer par assurer l'adolescent qu'il ne doit pas avoir peur de ses sentiments, ni les refuser, mais l'aider à s'interroger à leur propos, à propos de ses relations avec d'autres jeunes. Pour cela, il faut sortir du domaine du « permis-défendu » pour emmener plus loin, montrer la joie qu'il y a à vivre des relations solides et denses... sans nier que cela implique des efforts, un peu comme quand on gravit un sommet. Comme dans une course en montagne, il faut un bon guide : par son exemple, il doit montrer que c'est possible et enthousiasmant ».

P. François Potez

Cet article est extrait de la brochure « 12 questions à se poser avant de parler de la sexualité»

Dossier de l'été : Quels sont les enjeux propres à l’adolescence ?

question2C'est la période de la fin de la naissance et de l'achèvement de la formation physique. C'est en même temps celle de la perception et de l'entrée dans l'environnement, dans le réel. C'est une période de transition vers le monde des adultes, dont la durée peut varier considérablement. Qui dit transition dit questions, inquiétudes, doutes et aussi énergie à canaliser et à déployer.

L'adolescence est caractérisée par un événement physiologique, la puberté, qui s'accompagne de nombreuses modifications physiques et notamment l'apparition des caractères sexuels secondaires (pilosité, apparition des seins, mue de la voix...). L'adolescent connaît en même temps des transformations psychologiques et affectives qui modifient sa façon d'entrer en relation avec les autres, le conduisent à devoir gérer des désirs, à se situer par rapport aux autres, à l'autre sexe, aux adultes, et notamment à ses parents

Très souvent, le jeune vit les transformations de son corps avec une certaine insatisfaction qui se manifeste par de l'inquiétude. Parfois, il est débordé par ces nouveautés qu'il maîtrise mal, il adopte une position de repli, d'attente ou de retrait, parfois au sein d'un groupe de jeunes.

Pour les deux sexes le problème est le même bien qu'il se manifeste différemment : passer d'une sexualité assujettie aux pulsions affectives et physiques, souvent centrée sur certains points du corps de l'autre, et donc partielle, à une sexualité libérée et pacifiée, qui revête une dimension totale et englobe tout l'être ; en somme découvrir l'autre, avec tout ce qu'il implique de curiosité et de rêves, de plaisir et de craintes, d'élans et de déceptions. Les entreprises amoureuses adolescentes mobilisent de multiples besoins : celles de plaire, d'être reconnu, d'avoir du plaisir ou du bonheur, de se sentir aimé et d'aimer, de s'affirmer, de se libérer de l'emprise du désir dont il ne perçoit pas nécessairement le sens, ni la portée.

C'est pourquoi les ados cherchent des éclaircissements et des points de repères. C'est pourquoi ils attendent des réponses du monde qui les entoure, de leur groupe, des médias ... et éventuellement de la part des parents, tout en observant le monde des adultes avec suspicion.


 

Brochure-sexualité« A l'adolescence, les sentiments, les émotions bouillonnent. Leur force peut conduire l'adolescent à se laisser mener par eux un peu aveuglément. Pour autant, il ne doit pas en avoir peur, mais s'interroger à leur propos.
Ainsi, par exemple, quand il ressent une attirance pour une jeune fille, il doit en quelque sorte s'écarter, mettre de l'espace pour pouvoir se demander : cette relation me gêne-t-elle ou me fait-elle grandir ? est-elle exclusive ou me tourne-t-elle vers les autres ? qu'est-ce qui m'attire chez elle/lui ? de quelle nature est l'attirance que j'éprouve ?
Des réponses à ces questions dépend la possibilité d'une amitié stable et solide entre un garçon et une fille. Ce n'est ni un rêve pieux ni une chimère, mais une possibilité qui peut être structurante pour toute la vie de la personne. A défaut, quand les sentiments et les émotions se seront apaisés, leur relation se trouvera sans support, sans matière ».

P. François Potez

Cet article est extrait de la brochure « 12 questions à se poser avant de parler de la sexualité»

Dossier de l'été : quelle image la culture ambiante donne-t-elle de la sexualité ?

stockvault-coupleLe monde contemporain promeut une image réductrice de la sexualité. Le message prédominant semble être que, en matière sexuelle, tout se réduit à la consommation, au plaisir et à la performance. Cette tendance est d'autant plus forte qu'elle se manifeste parallèlement à la célébration de la liberté individuelle conçue comme une totale permissivité. Cette célébration fait une présentation fallacieuse du plaisir qui serait interdit.

Ainsi, les représentations contemporaines de la sexualité déroutent fréquemment l'intime. C'est comme s'il existait des formules pour vivre une relation sexuelle satisfaisante et qu'il fallait les apprendre par cœur, sous peine de « disqualification ». Par ailleurs en mettant en avant non la relation mais le plaisir, non l'être humain mais son seul corps, ces représentations placent le soi avant l'autre et proposent une relation d'intérêts individuels momentanément convergents sans prendre en compte l'être humain tel qu'il est.

La sexualité, celle dont on discute dans la presse-magazine ou dans de nombreuses émissions télévisées, se limite la plupart du temps à une série de recettes et de pourcentages : on en parle comme de n'importe quelle autre activité, quelque chose que l'on peut apprendre et gérer. A titre d'exemple, en décembre 2001, dans Jeune et Jolie, l'article à la une était : « Le petit guide des préliminaires ». Le témoignage personnel, en général renforcé par des discours d'« experts », devient une sorte d'abécédaire de la « sexualité épanouie ».

Le rôle des sentiments, la valeur de la relation entre un homme et une femme n'ont pas complètement disparu aujourd'hui des films, des livres, ... Reste que, médiatiquement, des messages omniprésents usent de la sensualité comme moyen d'accroche ; le sexe s'exhibe : l'imaginaire sexuel contemporain s'inscrit dans un climat de transparence et de banalisation qui affiche des attitudes sexuellement suggestives sinon agressives et qui fait abstraction de l'amour, de la tendresse et plus généralement de l'affectivité et de la relation. Le corps est un support publicitaire. Il est facile de croiser tous les jours, sur les murs des villes ou dans les couloirs du métro, les lèvres pourpres d'une femme évoquant le plaisir (Dior Addict), le bas du dos d'un homme sur lequel se pose la main d'une femme (Pour une femme de Caron), une femme se pressant contre le torse d'un homme dont on ne voit pas le visage (Gucci Envy)...

Au final, la dissociation entre le corps et l'esprit, entre l'amour et le sexuel ne fait que s'accentuer avec d'un côté l'idéalisation de l'amour et, de l'autre, le culte du corps support de liberté et de plaisir individuels.

La diffusion du sexe et de la pornographie en quelques chiffres
Pour ne s'intéresser qu'à Internet, qui est devenu une source d'information centrale, environ 70 % du contenu du web concernent le sexe ou sont liés au sexe ; en 2004, le nombre de pages pornographiques sur le Web était estimé à 260 millions, 1800 fois plus que 5 ans plus tôt ! L'industrie du divertissement pour adultes génère plus de 10 % de tout le trafic Internet mondial ; 25 % de la recherche en ligne concernent des sites à contenu pornographique.

S'agissant des jeunes, R. Poulin et A. Laprade constatent que « l'âge de la première consommation de porno est de 12 ans pour les filles et de 13 ans pour les garçons. Mais les jeunes ont pris connaissance de l'existence du porno à 10 ans pour les filles et à 12,5 ans pour les garçons ».

Source : R. Poulin et A. Laprade « Hypersexualisation, érotisation et pornographie chez les jeunes », mars 2006

Une enquête européenne réalisée auprès de 16000 jeunes âgés de 14 à 19 ans a révélé que 71 % des garçons et 40 % des filles avaient vu un film pornographique dans l'année.

 Cet article est extrait de la brochure « 12 questions à se poser avant de parler de la sexualité»

 

Hausse de la contraception et hausse d’IVG : où est le problème ?

Un rapport de la DREES (Direction des Etudes et Statistiques du ministère de la Santé) paru en juin dernier indique que le nombre d'avortements en France a augmenté en 2013 de 4,7% par rapport à 2012, soit 10 000 avortements de plus.

Cette hausse, souligne l'étude, est pourtant conjointe à « un recours à la contraception » qui, lui, « quelle que soit la méthode utilisée, n'a pas diminué ».
On y apprend par ailleurs que « deux femmes sur trois ayant eu une IVG utilisaient une méthode contraceptive qui n'avait pas fonctionné en raison d'un oubli de pilule ou d'un accident de préservatif ». De même, les femmes « utilisent de plus en plus » la contraception d'urgence.

En somme, l'étude souligne, une nouvelle fois, le paradoxe français, et pointe l'impasse dans laquelle se sont engagées les récentes mesures prises ces derniers mois par les pouvoirs publics, en voulant « libéraliser » la contraception et l'IVG. Car faciliter l'accès aux moyens de contraception n'a non seulement pas endigué le nombre d'avortements, mais encore il l'a accru.

L'enjeu de la question est d'abord éducatif. Il ne se résume pas à prévenir les MST et à verrouiller la fécondité. Il s'agit de développer une véritable éducation affective et sexuelle, seule à même d'enrayer de manière durable le problème des IVG croissante, chez les jeunes en particulier puisque la hausse d'IVG s'observe particulièrement dans la tranche 20-24 ans.

Les politiques actuelles ne permettront donc pas de répondre effectivement aux questions de nombreuses femmes, ni, par conséquent, de réduire le coût – moral et financier – engendré par une sexualité centrée sur une apparente liberté, en réalité individualiste et hédoniste.

Enterrement de l’ABCD de l’égalité : écran de fumée ?

Communiqué de presse

Le ministre de l'Education nationale a annoncé l'abandon du dispositif « ABCD de l'égalité ». Non seulement décrié, il semble ne pas atteindre les objectifs qui lui sont assignés.

Pour les AFC, cette décision aurait pu rassurer les parents si, dans le même temps, n'était pas annoncée la généralisation d'actions en faveur de l'égalité entre les filles et les garçons qui suivent les mêmes principes et la même vision qui animaient le dispositif enterré.

En effet, la lutte contre les inégalités reste présentée comme une « lutte contre les stéréotypes de genre » et une déconstruction plus qu'une construction. Les parents ne sont pas dupes devant ce tour de passe-passe qui consiste à supprimer le nom tout en généralisant le dispositif.

Les AFC rappellent ce qu'elles avaient déjà expliqué au ministère de l'Éducation nationale :

  • ce dispositif entame la confiance des parents envers l'école, alors même que cette confiance réciproque a besoin d'être soutenue,
  • les parents, pères et mères, ne doivent pas être contournés dans leur mission de premiers et principaux éducateurs de leurs enfants,
  • les questions abordées par le dispositif annoncé par le Ministre sont de l'ordre de l'éducation de l'intime et relèvent donc des parents et non de l'école,
  • l'école se doit de respecter une stricte neutralité.

Plutôt que de transmettre à leur insu un message d'indifférenciation, il aurait fallu inviter les parents à apporter aux enfants, sur le chemin qu'ils vont avoir à parcourir jusqu'à l'âge adulte, la matière nécessaire pour se construire en tant qu'homme ou femme, ce qui exige de comprendre le sens de leur corps sexué, les spécificités et la complémentarité de l'homme et de la femme et en fin leur égale dignité.

Les AFC se montreront donc particulièrement attentives aux contenus pédagogiques qui seront mis en œuvre et notamment en direction des enseignants.

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