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Accompagner spirituellement des couples qui s’en vont sans enfant

Qu'il est difficile pour des couples de ne pouvoir inviter des enfants mais combien délicat est l'accompagnement de ces couples pour le prêtre que je suis. La souffrance est grande et elle ne date pas d'hier ! Dans la Bible, Sarah criait sa douleur et Isaac fut l'enfant de la promesse. Anne confessait sa honte : celle de ne pouvoir enfanter ; sa prière fut entendue et Samuel lui fut donné. Elisabeth s'en allait sans enfant et celle qu'on disait « la stérile » mit au monde Jean Baptiste. Son nom est « Jean » protesta Zacharie, ce qui signifie « don de Dieu ».
Que ce cri de souffrance ne date pas d'hier n'est pas une consolation pour autant. Mais pourquoi pareille souffrance ? Parce que l'amour est toujours invitant. Deux êtres se donnent l'un à l'autre et désirent inviter un troisième. Or, quelque chose ne fonctionne pas, d'où souvent panique dans le couple, qui, parfois, comme tous nos contemporains, veut tout, tout de suite. Il faut inviter le couple à la patience et rappeler qu'un enfant n'est jamais un droit mais un don.
Parfois ce n'est qu'une question d'angoisse, un blocage psychologique...Une peur inexpliquée d'engendrer ou une peur panique devant l'éventualité d'une stérilité. Inviter à la vie est toujours une aventure, avec des risques et des ratées. Je crois que le rôle de l'accompagnateur spirituel d'un couple est de rassurer le couple et de l'inviter à la patience.
Au bout de plusieurs mois, voire d'années, il peut être souhaitable de consulter, avec en arrière pensée que peut-être le couple est appelé à vivre une fécondité autre que physique. « L'enfant à tout prix » est un mauvais chemin. L'enfant est un invité. Il ne faut pas confondre invitation et convocation. Adopter un enfant serait vraiment l'inviter : cette solution peut être la meilleure.

Le recours à l'AMP est parfois envisagée, mais combien de contraintes et de souffrances ! Il est des couples qui ont lu les textes de l'Eglise : Donum vitae  du Pape Jean Paul II, en 1987 ; l'Instruction Dignitas personae  du 8 septembre 2008. Ils n'y voient que des « non », alors que ce dernier texte est un « grand oui à la vie » ; ce n'est pas une collection d'interdits mais la mise en garde contre la « manipulation de la vie humaine ». Il convient d'avoir en tête que l'Eglise défend le don physique des époux : « un geste aussi riche, qui transcende la vie même des parents, ne peut pas être substitué par une simple intervention technologique, appauvri de valeur humaine et soumis à des déterminismes de l'activité technique et instrumentale », affirmait Jean Paul II. Celui-ci estimait que la recherche devrait porter sur les causes de l'infertilité masculine ou féminine, afin de pouvoir prévenir cette situation de souffrance chez les époux »...
Je ne voudrais pas nous étourdir en multipliant références et déclarations, je retiendrais seulement que dans ce domaine, il faut faire preuve de prudence et de vraie charité pour aider ces couples en grande souffrance à grandir en humanité. Quand il s'agit d'êtres humains ne parlons jamais en termes de « reproduction » mais plutôt en termes de « procréation ». La vie est un don à transmettre, mais la vie physique n'est peut-être pas le seul don à transmettre...

D'autre part, les couples qui vivent ce drame peuvent comprendre qu'ils sont appelés à suivre le Christ jusqu'au Calvaire et de là, jusqu'à la Résurrection. Je me garderais bien de tenir pareils propos à des couples jeunes et récemment mariés. Pour moi, le problème qui se pose est le suivant : le progrès va-t-il toujours dans le sens d'une véritable humanisation ? En encourageant un couple dans cette « course à l'enfant », l'aide-t-on à grandir en humanité ? Il y a d'autres manières d'inviter des êtres à partager l'amour dans le couple. S'acharner à vouloir enfanter, est-ce encore une invitation faite à un être de venir partager l'amour du couple ou une recherche de se satisfaire soi-même, en tant que couple ?

Mgr B.Mollat du Jourdin
Conseiller ecclésiastique de la CNAFC

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