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Les modèles familiaux sont-ils solubles dans la succession des générations ?

Une lecture rapide d'une étude qui vient d'être publiée par l'INSEE pourrait conduire à une réponse positive et univoque : oui, la perception du divorce, du travail salarié de la femme, le rôle du père auprès de ses enfants après une séparation - qui figurent parmi les sujets abordés dans cette note - font l'objet de perceptions et d'appréciations différentes en fonction de l'âge des personnes interrogées, jeunesse et acceptation allant de pair : « C'est - estime l'auteur prudemment -avec le renouvellement des générations que les mentalités devraient se modifier ».

Faut-il s'en étonner a priori ? On compare ici les avis de générations confrontées de façon très différente à ces mutations de la vie de famille, ne serait-ce que par l'ampleur des phénomènes en question (que l'on songe à la part des enfants de moins de 25 ans vivant avec un seul de leur parent, leur mère le plus souvent, qui est passée de 8 % en 1968 à 17 % en 2007, de la présence des femmes sur le marché du travail...). C'est ce que certains sociologues appellent un « effet de perspective ».

Pour autant, d'autres phénomènes qui amènent à une vision sinon différente du moins plus complexe peuvent être mis en évidence :
- l'étude met clairement en évidence la solidité de certaines des perceptions rémanents et - a-t-on envie d'ajouter - plutôt rassurants : « la présence des deux parents dans le foyer est plébiscitée », mieux « 90 % des enquêtés pensent que « pour grandir en étant heureux, un enfant a besoin d'un foyer avec un père et une mère » ;
- il y a des facteurs de l'ordre de la (re)découverte : l'importance de l'accueil de la vie, évaluée en termes d'épanouissement personnel, d'abord pour la mère, ensuite pour le père dont le rôle éducatif est mis en avant, avec des questions aussi sur l'impact de l'activité salariée de la mère notamment lorsque les enfants sont jeunes (« plus de la moitié des personnes pensent qu'un enfant d'âge préscolaire risque des souffrir du fait que sa mère travaille ») ;
- la cohabitation hors-mariage est jugée positivement pour les jeunes générations ce qui peut illustrer une forme de relativisme sans que l'on ait aucune information sur la façon dont le mariage est conçu car il y a loin de l'acceptation d'un état de fait - voire de la résignation face à lui - à une légitimation en bonne et due forme ;
- on apprend également un élément précieux sur l'analyse des causes des séparations : elles semblent acceptables ou en tout cas envisageables quand elles sont liées à une déception qui engendre le « malheur » au sein du couple (« le divorce est considéré par la plupart des personnes comme une issue possible pour les personnes malheureuses en couple et ce, même lorsqu'il y a des enfants »)

Cette étude confirme enfin certains points aveugles des perceptions contemporaines qui renvoient aux raisons de la faible compréhension de la vocation sociale de la famille :
- l'attention presque exclusive portée à la relation entre le parent et l'enfant : il y a beaucoup à faire en matière de conjugalité et ce, déjà, pour prévenir l'idéalisation qui est un danger pour le couple et pour la famille parce qu'elle induit forcément des déceptions qui sont à l'origine de bien des séparations ;
- l'analyse des coûts des situations d'échec et de non-mariage : on reste ici au niveau des choix individuels sans réflexion sur la portée qu'ils peuvent avoir, déjà pour ceux qui les posent (à l'exception des avis sur les besoins de l'enfant en termes de présence parentale). Les travaux publiés en la matière pourraient bien, en effet - ne sommes-nous pas à l'ère de la « réflexivité » -, induire des évolutions plus complexes que ne l'entrevoit l'auteur par leur diffusion et les changements en termes de conscience qu'ils pourraient induire chez nos contemporains et de responsabilité du côté des pouvoirs publics. Tel est un des objectifs que poursuivent les actions que conduisent les AFC sur le sujet.

Lire l'étude de l'INSEE

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