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Politique familiale et démographie : l’enjeu de la jeunesse et de son « autonomie »

Dans une récente livraison de Population et sociétés, des chercheurs de l’INED se penchent  sur une des raisons expliquant le fait que « partout dans le monde les femmes commencent à avoir leurs enfants de plus en plus tard » : l’allongement des études et ses mécanismes, à travers une comparaison France/Grande-Bretagne.

 « Les femmes ont leur premier enfant de plus en plus tard dans les pays développés. Entre 1974 et 2010, l’âge moyen à la première maternité est passé de 24,0 à 27,8 ans en Angleterre-Galles et de 24,0 à 28,1 ans en France ». Ce décalage a bien évidemment des conséquences démographiques en réduisant « temporairement » le taux de natalité mais « il peut également réduire le nombre total d’enfants si les naissances retardées ne sont pas toutes récupérées », ce qui pourrait être le cas. D’ailleurs les auteurs expliquent plus loin que les pays concernés par l’étude sont, comme d’autres, installés « durablement dans un régime démographique où les unions et les naissances sont retardées au point de faire descendre le taux de fécondité sous le seuil de remplacement (processus dit de la « seconde transition démographique ») ».

Poursuivant, on peut lire que « en l’espace de quinze ans, de 1980-1984 à 1995-1999, la première maternité a subi le même report que l’âge de fin d’études en Grande-Bretagne (1,4 an dans les deux cas) et  un report légèrement supérieur dans le cas de la France (2,4 ans de plus pour la première naissance, contre 1,8 de plus pour les études) ». Et les auteurs de conclure : « Le fait que l’âge de fin d’études et la première naissance subissent le même recul en quinze ans suggère que le second événement se règle sur le premier ».

 A partir de là, on explique que la fin des études est le repère de l’entrée dans la vie adulte, la situation française pouvant plutôt laisser penser que c’est l’entrée dans la vie active qui signale cela, révélant en creux l’importance du travail et les difficultés rencontrées par les jeunes Français depuis plusieurs années à leur arrivée sur le marché du travail. Ce contexte marqué par l’incertitude, y compris pour les plus diplômés d’entre eux, ne remplit pas les conditions favorables à l’accueil de la vie, ni, d’ailleurs, à la stabilité conjugale (la même étude signale, déjà, un décalage dans le temps de la « première mise en couple »).

 Le niveau de diplôme apparaît également comme un facteur retardant les naissances : « Après la fin des études, la hausse générale  du niveau des diplômes a sans doute contribué à allonger le report des maternités pour d’autres raisons. Les femmes peuvent maintenant espérer être actives économiquement en ayant une vie professionnelle bien plus longue qu’auparavant. Le manque de revenu lié au temps consacré aux enfants (le « coût d’opportunité » économique) est en conséquence plus élevé ». Nous sommes ici au cœur des freins qui pèsent sur l’accueil des enfants et qui posent des questions d’importance en matière de solidarité en rendant plausible l’hypothèse d’une natalité plutôt centrée dans certaines catégories de la population (ce qui se révèle déjà pour les familles nombreuses).

 

Une telle situation appelle des actions importantes en matière de politique familiale et ce d’autant plus que les jeunes aspirent à fonder une famille. C’est pour favoriser les conditions de ce choix que les AFC ont formulé trois axes de propositions :

-          Lutter contre la sur-sollicitation des jeunes diplômés : en effet celle-ci, exercée sur eux dans les premiers temps de leur vie professionnelle, va contre leur équilibre, contre la nuptialité et contre la fécondité. C’est une des raisons du recul de l’âge du premier enfant qui était de 28 ans en moyenne en 2009 contre 24 ans en moyenne à la fin des années 1970.

-          Lutter contre la pauvreté : c’est améliorer le cadre et le niveau de vie des familles : pour cela il est nécessaire de relancer les dispositifs de prêt à taux zéro avec un volet spécifique pour les familles nombreuses, de limiter le travail le dimanche, de stimuler la construction de grands logements, d’étendre aux taxes foncières les abattements pour charge de famille existants pour la taxe d’habitation.

-          Autonomie du jeune adulte : permettre aux familles d’assumer financièrement leurs jeunes adultes à charge tout en leur offrant une qualification professionnelle les menant vers l’autonomie, et ainsi lutter contre l’exclusion, par la prévention. Le jeune ne sera pas confronté progressivement à une situation d’exclusion, qui nécessiterait alors de recourir à une politique sociale.

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