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Demographie-conditions de vie

Familles nombreuses, espèce en voie de disparition ?

L'INSEE vient de publier un bilan de 10 années de recensement de la population en France. Couvrant les années 1999 à 2009, cette étude donne un éclairage singulier sur la situation démographique du pays et sur son incidence sociale.

L'auteur commence par relever que, « en 2009, 27,5 millions de ménages résident en France : un tiers est composé d'une seule personne, un tiers de deux personnes et le dernier tiers de trois personnes ou plus. Depuis 1999, le nombre de ménages a augmenté de 3,2 millions. Les petits ménages d'une ou deux personnes sont à l'origine de cette augmentation (respectivement 1,7 million et 1,5 million en plus), alors que le nombre de ménages de trois personnes ou plus est stable ».

Trois phénomènes explicatifs sont particulièrement mis en avant pour éclaire cette situation :
- le vieillissement de la population qui « explique un tiers de l'augmentation des ménages d'une personne. À mode de cohabitation inchangé, 600 000 des 1,7 million de ménages d'une personne supplémentaires résultent de la croissance de la population des 60 ans ou plus » ;
- le changement des modes de cohabitation auquel est due « plus de la moitié de l'évolution du nombre de ménages d'une seule personne (900 000 des 1,7 million de ménages d'une personne supplémentaires). Ce phénomène joue essentiellement avant 60 ans, en lien avec la plus grande fragilité des unions [...]. Ainsi, entre 30 et 59 ans, on vit moins souvent en couple en 2009 qu'en 1999 (− 4 points) et plus souvent seul dans son logement (+ 3 points). Les parents de famille monoparentale sont un peu plus nombreux (+ 1 point) » ;
- la part des « grands ménages » (cinq personnes ou plus) en baisse constante : « En 2009, un ménage sur quinze est composé de cinq personnes ou plus. La grande majorité de ces ménages sont des familles nombreuses (au moins trois enfants). Les autres sont des ménages à structure plus complexe (plusieurs générations par exemple). La part des familles nombreuses (parmi celles avec enfants de moins de 25 ans) diminue dans presque toutes les régions, en général de manière d'autant plus marquée qu'elle était élevée en 1999 », ce que confirme le graphique que nous reproduisons ci-après et signale un changement profond.

Que peut-on déduire pour approfondir le constat de départ et envisager sur le plus long terme sa portée démographique :
- le premier facteur confirme, si besoin était, les problématiques liées à la dépendance et leur étendue à venir ;
- le deuxième facteur n'est pas non plus complètement inédit ; il illustre un des coûts du non-mariage et une des sources d'un des maux de notre société, la solitude, quand la crise fait peser, plus lourdement que jamais, ses effets ;
- le troisième est moins complètement attendu (sans être totalement une surprise). Il éclaire les modalités contemporaines de l'accueil de l'enfant (un enfant « désiré ») et l'existence de freins qui pèsent sur cet accueil, car les statistiques indiquant que le nombre d'enfants « idéal » se situe autour de 2,6 restent, à notre connaissance, d'actualité.

Au final, la nécessité d'une réflexion approfondie sur le rôle de la politique familiale, les conditions de son influence sur la démographie et les mesures à prendre pour l'avenir ... s'impose plus que jamais :
- pour lui permettre de remplir un véritable rôle préventif : pour réduire les « risques » et pour consolider la mission de la famille ;
- pour lui rendre sa cohérence et lui permettre de répondre aux besoins des familles et à leurs inquiétudes.

Lecture : en France métropolitaine, le nombre de ménages composés d'une personne seule de 30 à 59 ans a augmenté de 32 % en dix ans : 8 points sont liés à la hausse du nombre de personnes de 30 à 59 ans dans la population des ménages et 24 points sont dus à la hausse de la proportion des personnes résidant seules à ces âges.

Champ : France (territoire au 31 décembre 2009), population des ménages âgée de 30 à 59 ans en âge révolu.

Source : Insee, recensements de la population 1999 et 2009, exploitations complémentaires.

Dynamisme démographique : des données pour bâtir une politique familiale porteuse d’avenir

L'INSEE vient de publier le bilan démographique de l'année 2010. Au 1er janvier 2011, la France compte 65 millions d'habitants, un chiffre encore jamais atteint et qui fait de la France le 2ème pays le plus peuplé de l'Union Européenne, après l'Allemagne. Autre point à souligner : la population française est en augmentation constante, et ce grâce au solde naturel plus qu'au solde migratoire. Avec un taux de fécondité estimé à 2,07 enfants par femme, la France se place également sur ce critère en 2ème position parmi les 27 pays de l'Union Européenne, dépassée légèrement par l'Irlande (2,07 enfants par femme).

Si ces données sont positives et encourageantes, il serait intéressant de savoir si les femmes accueillent le nombre d'enfants qu'elles souhaitent ? Car, parallèlement, l'âge moyen de l'accouchement est lui aussi en constante progression et dépasse pour la première fois « le seuil symbolique des 30 ans ». Ce seuil trouve en partie une réponse dans l'augmentation du nombre de femmes qui travaillent et entrent de plus en plus tard sur le marché du travail, notamment parce que les études sont de plus en plus longues. Par ailleurs, l'étude montre un « rebond du nombre de divorces en 2010 ». La précarité qu'induit un divorce incite les femmes à préserver et maintenir leur place dans le milieu professionnel, ce qui peut accroître les difficultés pour concilier vie professionnelle et familiale, déjà présentes pour tout foyer. Aider à cette conciliation permettrait non seulement de faciliter l'organisation matérielle de la famille, mais aussi d'être un facteur d'équilibre de la famille qui est appelé à être davantage pris en compte par les employeurs et la société pour pérenniser et stimuler le dynamisme démographique en cours.

Autre donnée mise en exergue par l'étude : le nombre de Pacs signés se rapproche de plus en plus du nombre de mariages - 251 000 mariages pour 206 000 Pacs - et « 58% des Pacs dissous le sont d'un commun accord entre les partenaires » dont 38% le sont en raison du choix que font les partenaires de se marier. Le Pacs serait-il comme des « nouvelles fiançailles » ? Le choix du mariage qui s'en suit dénote au moins clairement la portée et la force de l'engagement particulières que revêt le mariage, points qui semblent perçus par les Français. Ainsi, là où il y a simple contrat, dans le cadre d'un Pacs, le mariage exprime un engagement public, devant la société. Cet engagement est porteur en-lui-même de valeurs fondatrices - fidélité, respect mutuel, partage des tâches, solidarité... - et repose sur un cadre légal qui exprime la triple dimension de l'union conjugale : engagement mutuel, accueil et éducation de l'enfant, solidarité familiale et sociale.

La constante qui se dégage de l'étude de l'INSEE est une croissance dans les facteurs principaux qui impactent la démographie : fécondité et âge moyen à l'accouchement, mariages, divorces, mais aussi hausse de l'espérance de vie... Si certains chiffres sont porteurs d'une croissance à venir, d'autres le sont moins. Il est important que la politique familiale qui se mettra en place dans les mois à venir permette au mieux de lever les freins qui pèsent sur la vie des familles et l'accueil de la vie, moteurs du dynamisme humain et économique de la société.

La conjugalité au crible de la mise en commun des revenus

Une récente étude l'INSEE apporte un éclairage saisissant sur un sujet important et souvent complexe de la vie des familles : la mise en commun – ou non – des revenus dans les couples.

Variables les situations étudiées se traduisent par des pratiques domestiques différentes : « Lorsque les revenus sont totalement mis en commun, les deux partenaires utilisent cet « argent du ménage » aussi bien pour les dépenses collectives (loyer, courses quotidiennes, dépenses pour les enfants, etc.) que pour leurs dépenses personnelles, quelle que soit leur contribution respective. Lorsque la mise en commun est partielle, chacun des conjoints alimente une « caisse » destinée aux dépenses collectives mais conserve le reste de son revenu pour ses dépenses personnelles. Dans cette organisation, qui suppose que chacun ait un revenu, l'argent mis en commun est destiné à des usages précis définis au préalable. Enfin, les partenaires peuvent maintenir leurs revenus totalement séparés, adoptant alors divers arrangements pour les dépenses communes ».

On apprend ainsi que, « en 2010, 64 % des couples de l'échantillon déclaraient s'organiser selon le principe de la mise en commun totale, 18 % selon celui de la mise en commun partielle et 18 % déclaraient maintenir leurs revenus totalement séparés » (graphique 1).

Graphique 1 : Organisation des revenus dans les couples actifs





Champ : couples dont au moins un des conjoints est actif.


Plusieurs variables apparaissent particulièrement déterminantes et donnent un éclairage, particulier, sur la teneur des liens au sein des couples concernés :

  • 74 % des couples mariés déclarent mettre totalement en commun leurs revenus (30 % des pacsés et 37 % des concubins),
  • la part des couples déclarant mettre totalement en commun leurs revenus augmente avec l'ancienneté de la vie commune (31 % pour moins de 5 ans, 65 % pour 10 à 15 ans et 80 % pour 20 ans et +),
  • la présence d'enfants apparaît déterminante : 67 % des couples ayant au moins un enfant déclarent mettre leurs revenus totalement en commun (38 % de ceux n'ayant pas d'enfant font de même)
  • 68 % des couples dont c'est la première union mettent tout en commun (52 % dans les autres cas)

Même si les auteurs nous expliquent que « les caractéristiques sociodémographiques étudiées ici sont liées les unes aux autres : par exemple, les couples ont plus souvent des enfants lorsqu'ils sont mariés, les couples non mariés ont souvent moins d'ancienneté, les couples bi-actifs ont en moyenne un revenu plus élevé, etc. », on aimerait pouvoir croiser les différentes variables pour aller un peu loin dans la compréhension de la façon dont est vécu le lien au sein d'un couple marié.

Le mariage apparaît en tout cas porteur d'une union qui se déploie jusque dans le concret de la vie et donc plus dense, quand les autres formes juridiques de vie conjugale semblent porteuses d'une vision plus individualiste de la relation (que l'on retrouve aussi, apprend-on, en regardant les catégories socio-professionnelles des personnes interrogées : « Dans les couples bi-actifs, lorsque le diplôme ou le niveau de vie sont élevés, la mise en commun totale est moins fréquente »). Comme le montre cette étude, la présence d'enfant vient sans doute amender cette tonalité. On peut même y voir une nouvelle illustration des coûts du non-mariage, dans la mesure où cette mise en commun est également synonyme d'échanges entre conjoints et, partant, d'approfondissement de la relation (« les conjoints se consultent plus souvent pour leurs dépenses personnelles lorsqu'ils mettent tous les revenus en commun »).
Loin des inégalités que le mariage est suspecté par certains d'entretenir, on touche ici plutôt à la dimension protectrice du mariage, abordée ici sous l'angle matériel.

 

 

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