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Vie affective et sexuelle

Dossier de l’été : sexualité, des pistes pour en parler avec ses enfants et adolescents

stockvault-mains-couple« Parler de sexualité n'est jamais facile. Surtout aujourd'hui. D'une part, notre société en fait souvent quelque chose de très banal, un sujet parmi les autres pour les documentaires télévisés ou pour les suppléments d'été des magazines. D'autre part, les adultes ne se sentent pas toujours à l'aise vis-à-vis de ce thème et préfèrent parfois faire semblant de ne pas comprendre qu'il s'agit d'une question essentielle, qui touche tout humain au plus profond de son être. Comment alors en parler sans se laisser prendre au piège de la banalisation ? Comment le faire sans prétendre savoir à la place de l'autre ce qui est « bon » pour lui ? »

Ces quelques lignes de l'introduction de la brochure 12 questions à se poser avant de parler de la sexualité restent d'actualité.

Ce dossier estival aura, nous l'espérons, permis d'éclairer certains enjeux à ce sujet, de vous permettre de creuser des questions aussi importantes que : Que veut dire aimer ? Quel rapport existe-t-il entre l'affectivité et l'amour ? Que faire de ses sentiments ? Comment entendre et orienter son désir ? Comment être, en amour, libre et responsable ? Comment ne pas réduire la rencontre avec l'autre à des comportements normés ?

Il y a urgence en la matière : peut-on, en effet, oublier que les jeunes ont besoin de réponses et que, en l'absence d'une présence aimante de la part de leurs parents, ils se tournent automatiquement vers ce que la société contemporaine leur offre ?

Or, la société véhicule et promeut des codes et une culture qui faussent et rendent particulièrement difficile une éducation à l'amour vrai. Notamment à l'adolescence.

Dès lors, l'enjeu n'est pas de s'assurer que nos jeunes ne soient pas confrontés à des images sensuelles et ne fréquentent pas la pornographie mais de constater qu'ils partent souvent de ces conceptions erronées qu'il faut avoir identifiées. Cela pose la question de la façon pour les parents et les éducateurs d'aborder ce sujet de façon réaliste avec leurs enfants. Une bonne connaissance du contexte dans lequel vivent les adolescents leur est indispensable, sans fard, sans complaisance non plus. Il est également indispensable d'avoir les idées claires sur le sens des mots afin de transmettre sans idéalisme un projet de vie ambitieux, vrai et enthousiasmant.

Dossier de l'été : La vie en groupe des adolescents : que faire ?

L'adolescent a besoin d'exprimer son affectivité, particulièrement forte à son âge. Cela le conduit, surtout le garçon, à vivre avec certains de ses pairs. Ils l'aident aussi à calmer l'insécurité qu'il peut ressentir à cet âge. Les adolescents peuvent, en outre, chercher dans ces groupes un moyen de trouver d'autres références que celles que leurs parents leur offrent. Mais, de façon moins positive, le groupe peut servir de refuge, de moyen de fuir, de refuser le réel.

L'appartenance à un groupe a souvent comme manifestation la plus visible un conformisme dans l'habillement, ... Là n'est pourtant pas le point le plus sensible, l'aspect qui doit retenir le plus l'attention des parents et des éducateurs.

En effet, le groupe peut s'avérer nuisible parce que peuvent s'y nouer des relations de manipulation, de soumission, ... parce qu'il joue un rôle en matière de transgression du fait des dynamiques qui s'y développent (émulation, défis de passage à l'acte, ...). Se joue ici un des mécanismes de l'apprentissage à l'adolescence : l'appropriation de la norme qui, au départ, est extérieure, voire rejetée. Cette appropriation peut passer par des essais pour toucher les limites mais avec, bien sûr, des souffrances possibles, des impasses, ...

Le besoin de différenciation peut cependant trouver à se réaliser dans des groupes à objectifs pédagogiques forts, avec adultes référents : théâtre, scoutisme, sport... Pour les parents, il est même nécessaire de donner aux jeunes l'occasion d'aller vers l'extérieur, même s'il faut pour cela surmonter une réticence naturelle à proposer d'autres groupes, d'autres références pour répondre au besoin d'autonomisation du jeune et lui éviter autant que possible de ressentir le besoin de transgresser.

Parallèlement, il est important que les parents soient au courant de ce que vivent leurs enfants, manifestent de l'intérêt pour les personnes avec lesquelles ils sont en relation. Mais sans être intrusif ou inquisiteur. L'interdit peut être contreproductif : il faut au contraire manifester de la confiance, donner de l'information sans tricherie, des réponses explicites aux arguments des autres jeunes : pas de jugement sur les personnes, mais des avis sur leurs points de vue, sur leurs actes. Il ne s'agit jamais de se taire, mais de montrer les limites. Alors, l'éducation pourra aider l'enfant à vivre dans ce monde.

Cet article est extrait de la brochure « 12 questions à se poser avant de parler de la sexualité»

Dossier de l'été : Quel défi l’éducateur doit-il relever en matière d’éducation affective et sexuelle ?

L'éducateur, parent ou autre, a pour mission de transmettre les valeurs qui lui sont essentielles, qu'il a faites siennes et qu'il s'efforce de vivre. Il mène à bien ce rôle dans le contexte spécifique de l'adolescence marqué par une relation difficile à soi-même, par exemple du fait des transformations physiologiques qui interviennent à cet âge, et au monde adulte auquel l'adolescent est en passe d'accéder. C'est la forme même du rapport à soi et aux autres qui se modifie à cet âge. Tout cela induit une forme de mal-être plus ou moins profond.
Le défi principal de tout éducateur est toujours de rendre libre, d'une liberté qui permette des choix ; c'est particulièrement nécessaire dans les domaines liés de l'affectivité et de la sexualité. Pour cela, il lui faut relever bien d'autres défis afin d'apaiser l'adolescent qui est en face de lui et de rendre crédibles les réponses qu'il tentera de lui apporter.

Son premier défi est celui de son « savoir être propre », dans la mesure où il est le référent ; il se doit d'être lui-même au clair avec les problèmes abordés ; il doit en particulier vouloir vivre en cohérence, même s'il doit en même temps savoir se montrer modeste.

Ensuite il lui faut se montrer respectueux. Il a confiance dans cet adolescent et ses capacités et le lui montre. Il ne cessera jamais de l'estimer, le lui dira, le confortera dans sa valeur.

Il doit aussi le conduire par l'émerveillement face à la nature, à sa nature ; il lui communique son enthousiasme et son espérance. Il s'agira de lui faire « percevoir » les bienfaits, les bénéfices de ce que l'adolescent commence à discerner. Il ne pas s'agira en même temps d'occulter les difficultés qui inéluctablement se présentent sur la route vers ce qui est discerné.

Il écoute les préoccupations de l'ado, pour décoder sans interpréter, il est un facilitateur d'expression pour faire émerger dans le cœur et l'esprit du jeune des convictions qui lui seront propres, en l'aidant à réfléchir afin qu'il trouve ce qui est bon et mauvais pour lui, qu'il balise sa liberté. L'éducateur échange, propose, mais ne plaque pas ses certitudes. Il aide à identifier où commence « une relation sexuelle » : quel sens peut être donné aux gestes tendres, au baiser amoureux, au flirt, à une rencontre plus charnelle... Il aide à comprendre que tout n'est pas permis, même quand l'autre est d'accord, en mettant en évidence le sens des paroles et des gestes, et comment ils traduisent les sentiments.

Son savoir, sans cesse mis à jour, lui permet d'informer objectivement, sans aucun tabou mais avec retenue.
Les parents restent les éducateurs privilégiés de leurs enfants. Cependant, certains sujets peuvent être d'un abord délicat ou trop impliquant ; il paraît alors souhaitable que le jeune trouve, plutôt qu'auprès des copains ou des médias, auprès d'autres éducateurs correctement formés, les réponses aux questions qu'il se pose !


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« L'éducateur va commencer par assurer l'adolescent qu'il ne doit pas avoir peur de ses sentiments, ni les refuser, mais l'aider à s'interroger à leur propos, à propos de ses relations avec d'autres jeunes. Pour cela, il faut sortir du domaine du « permis-défendu » pour emmener plus loin, montrer la joie qu'il y a à vivre des relations solides et denses... sans nier que cela implique des efforts, un peu comme quand on gravit un sommet. Comme dans une course en montagne, il faut un bon guide : par son exemple, il doit montrer que c'est possible et enthousiasmant ».

P. François Potez

Cet article est extrait de la brochure « 12 questions à se poser avant de parler de la sexualité»

Dossier de l'été : Quels sont les enjeux propres à l’adolescence ?

question2C'est la période de la fin de la naissance et de l'achèvement de la formation physique. C'est en même temps celle de la perception et de l'entrée dans l'environnement, dans le réel. C'est une période de transition vers le monde des adultes, dont la durée peut varier considérablement. Qui dit transition dit questions, inquiétudes, doutes et aussi énergie à canaliser et à déployer.

L'adolescence est caractérisée par un événement physiologique, la puberté, qui s'accompagne de nombreuses modifications physiques et notamment l'apparition des caractères sexuels secondaires (pilosité, apparition des seins, mue de la voix...). L'adolescent connaît en même temps des transformations psychologiques et affectives qui modifient sa façon d'entrer en relation avec les autres, le conduisent à devoir gérer des désirs, à se situer par rapport aux autres, à l'autre sexe, aux adultes, et notamment à ses parents

Très souvent, le jeune vit les transformations de son corps avec une certaine insatisfaction qui se manifeste par de l'inquiétude. Parfois, il est débordé par ces nouveautés qu'il maîtrise mal, il adopte une position de repli, d'attente ou de retrait, parfois au sein d'un groupe de jeunes.

Pour les deux sexes le problème est le même bien qu'il se manifeste différemment : passer d'une sexualité assujettie aux pulsions affectives et physiques, souvent centrée sur certains points du corps de l'autre, et donc partielle, à une sexualité libérée et pacifiée, qui revête une dimension totale et englobe tout l'être ; en somme découvrir l'autre, avec tout ce qu'il implique de curiosité et de rêves, de plaisir et de craintes, d'élans et de déceptions. Les entreprises amoureuses adolescentes mobilisent de multiples besoins : celles de plaire, d'être reconnu, d'avoir du plaisir ou du bonheur, de se sentir aimé et d'aimer, de s'affirmer, de se libérer de l'emprise du désir dont il ne perçoit pas nécessairement le sens, ni la portée.

C'est pourquoi les ados cherchent des éclaircissements et des points de repères. C'est pourquoi ils attendent des réponses du monde qui les entoure, de leur groupe, des médias ... et éventuellement de la part des parents, tout en observant le monde des adultes avec suspicion.


 

Brochure-sexualité« A l'adolescence, les sentiments, les émotions bouillonnent. Leur force peut conduire l'adolescent à se laisser mener par eux un peu aveuglément. Pour autant, il ne doit pas en avoir peur, mais s'interroger à leur propos.
Ainsi, par exemple, quand il ressent une attirance pour une jeune fille, il doit en quelque sorte s'écarter, mettre de l'espace pour pouvoir se demander : cette relation me gêne-t-elle ou me fait-elle grandir ? est-elle exclusive ou me tourne-t-elle vers les autres ? qu'est-ce qui m'attire chez elle/lui ? de quelle nature est l'attirance que j'éprouve ?
Des réponses à ces questions dépend la possibilité d'une amitié stable et solide entre un garçon et une fille. Ce n'est ni un rêve pieux ni une chimère, mais une possibilité qui peut être structurante pour toute la vie de la personne. A défaut, quand les sentiments et les émotions se seront apaisés, leur relation se trouvera sans support, sans matière ».

P. François Potez

Cet article est extrait de la brochure « 12 questions à se poser avant de parler de la sexualité»

Dossier de l'été : quelle image la culture ambiante donne-t-elle de la sexualité ?

stockvault-coupleLe monde contemporain promeut une image réductrice de la sexualité. Le message prédominant semble être que, en matière sexuelle, tout se réduit à la consommation, au plaisir et à la performance. Cette tendance est d'autant plus forte qu'elle se manifeste parallèlement à la célébration de la liberté individuelle conçue comme une totale permissivité. Cette célébration fait une présentation fallacieuse du plaisir qui serait interdit.

Ainsi, les représentations contemporaines de la sexualité déroutent fréquemment l'intime. C'est comme s'il existait des formules pour vivre une relation sexuelle satisfaisante et qu'il fallait les apprendre par cœur, sous peine de « disqualification ». Par ailleurs en mettant en avant non la relation mais le plaisir, non l'être humain mais son seul corps, ces représentations placent le soi avant l'autre et proposent une relation d'intérêts individuels momentanément convergents sans prendre en compte l'être humain tel qu'il est.

La sexualité, celle dont on discute dans la presse-magazine ou dans de nombreuses émissions télévisées, se limite la plupart du temps à une série de recettes et de pourcentages : on en parle comme de n'importe quelle autre activité, quelque chose que l'on peut apprendre et gérer. A titre d'exemple, en décembre 2001, dans Jeune et Jolie, l'article à la une était : « Le petit guide des préliminaires ». Le témoignage personnel, en général renforcé par des discours d'« experts », devient une sorte d'abécédaire de la « sexualité épanouie ».

Le rôle des sentiments, la valeur de la relation entre un homme et une femme n'ont pas complètement disparu aujourd'hui des films, des livres, ... Reste que, médiatiquement, des messages omniprésents usent de la sensualité comme moyen d'accroche ; le sexe s'exhibe : l'imaginaire sexuel contemporain s'inscrit dans un climat de transparence et de banalisation qui affiche des attitudes sexuellement suggestives sinon agressives et qui fait abstraction de l'amour, de la tendresse et plus généralement de l'affectivité et de la relation. Le corps est un support publicitaire. Il est facile de croiser tous les jours, sur les murs des villes ou dans les couloirs du métro, les lèvres pourpres d'une femme évoquant le plaisir (Dior Addict), le bas du dos d'un homme sur lequel se pose la main d'une femme (Pour une femme de Caron), une femme se pressant contre le torse d'un homme dont on ne voit pas le visage (Gucci Envy)...

Au final, la dissociation entre le corps et l'esprit, entre l'amour et le sexuel ne fait que s'accentuer avec d'un côté l'idéalisation de l'amour et, de l'autre, le culte du corps support de liberté et de plaisir individuels.

La diffusion du sexe et de la pornographie en quelques chiffres
Pour ne s'intéresser qu'à Internet, qui est devenu une source d'information centrale, environ 70 % du contenu du web concernent le sexe ou sont liés au sexe ; en 2004, le nombre de pages pornographiques sur le Web était estimé à 260 millions, 1800 fois plus que 5 ans plus tôt ! L'industrie du divertissement pour adultes génère plus de 10 % de tout le trafic Internet mondial ; 25 % de la recherche en ligne concernent des sites à contenu pornographique.

S'agissant des jeunes, R. Poulin et A. Laprade constatent que « l'âge de la première consommation de porno est de 12 ans pour les filles et de 13 ans pour les garçons. Mais les jeunes ont pris connaissance de l'existence du porno à 10 ans pour les filles et à 12,5 ans pour les garçons ».

Source : R. Poulin et A. Laprade « Hypersexualisation, érotisation et pornographie chez les jeunes », mars 2006

Une enquête européenne réalisée auprès de 16000 jeunes âgés de 14 à 19 ans a révélé que 71 % des garçons et 40 % des filles avaient vu un film pornographique dans l'année.

 Cet article est extrait de la brochure « 12 questions à se poser avant de parler de la sexualité»

 

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