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Vie affective et sexuelle

Zizi sexuel, une exposition inadaptée à son public et réductrice

expozizi-sexuelLa Cité des Sciences et de l'Industrie organise du 14 octobre 2014 au 2 août 2015 la réédition de l'exposition sur le « Zizi sexuel » destinée à « expliquer l'amour et la sexualité aux 9-14 ans ». Elle ambitionne d' « aborder sans fard les questions qui titillent les pré-ados sur l'amour et la sexualité ». Il leur sera proposé une « quarantaine de manips intéressantes et délurées pour (...) se préparer à aborder sereinement leur vie d'adulte ».

Cette exposition s'inspire du livre Le guide du zizi sexuel de Zep et Béatrice Bruller. Elle avait attiré, en 2007, 340 000 jeunes visiteurs. L'évènement subventionné par le Ministère de l'Education Nationale se veut une approche humoristique et ludique des questions liées à l'amour et la sexualité autour du personnage de bande dessinée Titeuf, et de Nadia, dont il est amoureux.

Cette exposition présente la sexualité sur un mode mécaniciste et hygiéniste avec des informations centrées sur la technique et le plaisir, et sur une « sentimentalité » qui ne dit rien de la vérité du sentiment amoureux et se réduit à un impératif de « respect » mutuel. La sexualité est ordonnée au plaisir et à la performance et non pas orientée vers le don réciproque et la communion des personnes.

L'exposition propose un contenu peu adapté avec des mises en scène beaucoup trop explicites de la relation sexuelle en particulier au regard de la tranche d'âge choisie, beaucoup trop large pour permettre une prise en compte respectueuse de la maturité affective de tous ses visiteurs. D'ailleurs, peu de place est laissée à la poésie et à l'imaginaire, ce qui remet en question la caution « pédagogique » de cette exposition .

Derrière les questions des jeunes adolescents sur l'amour et la sexualité , parfois posées sur un mode provocateur, se profilent des questions sur eux-mêmes, leur origine et leur avenir, leur capacité à aimer et être aimés. Ce sont des questions qui touchent à l'intime de leur personne, corps et cœur, qui ne sont jamais banales, qui ne peuvent prêter à un humour gras ou se traiter sur la place publique.

Pour finir, l'exposition met complètement de côté les parents, qui sont même priés de laisser leurs enfants pénétrer seuls dans certains espaces. Les AFC déplorent cette banalisation de la sexualité ainsi présentée de façon « officielle » aux enfants, et dénoncent cette mise à l'écart des pères et mères, premiers et principaux éducateurs de leurs enfants.

Ligne Azur : le Conseil d’Etat annule la décision de Vincent Peillon

logo conseil-etatSuite aux inquiétudes exprimées par des pères et des mères au Ministère de l'Éducation nationale l'année dernière et restées sans réponse, suite également à des démarches (courriers, entretiens) des AFC auprès de ce Ministère, la Confédération Nationale des AFC (CNAFC) a porté devant le Conseil d'Etat un « recours en excès de pouvoir » contre la lettre de Vincent Peillon aux recteurs, en date du 4 janvier 2013.

Cette lettre rappelait en préambule que « le Gouvernement s'est engagé à changer les mentalités en s'appuyant sur la jeunesse » puis invitait « à relayer avec la plus grande énergie la campagne de communication relative à la « Ligne Azur » », « ligne d'écoute pour les jeunes en questionnement à l'égard de leur orientation ou de leur identité sexuelles ».

Hier, mercredi 15 octobre 2014, le Conseil d'Etat a annulé la décision du 4 janvier 2013 du Ministre de l'Education nationale.

Il a conclu que les contenus relayés par la campagne de communication relative à la « Ligne Azur » « portent atteinte à la neutralité du service public de l'Éducation nationale et à la liberté de conscience des élèves » et a décidé de « rendre illégale l'invitation du ministre à relayer la campagne « Ligne Azur » », invitation qui, selon les AFC :

  • était entachée d'un vice de procédure faute d'avoir été précédée d'une consultation du Conseil supérieur de l'éducation  ;
  • violait le principe de neutralité et la liberté de conscience des élèves  ;
  • violait le droit des parents sur l'éducation de leurs enfants  ;
  • violait l'article L. 312.16 du code de l'éducation en conduisant des tiers à intervenir dans l'éducation à la sexualité*.

Les AFC (Associations Familiales Catholiques) se réjouissent de cette décision du Conseil d'Etat dans la mesure où ce site contient des indications dont le moins que l'on puisse dire est qu'elles apparaissent insuffisamment nuancées au sens du devoir de réserve défini par Jules Ferry, et qu'il contient des développements politiques, oriente vers des publications qui relèvent clairement de la pornographie, encouragent à la violation de la loi et dont les contenus constituent de l'activisme politique et assurent la promotion d'associations qui heurtent délibérément les consciences*.

Les AFC saluent d'abord cette décision parce qu'elle constitue un rappel de la nécessité de privilégier les actions éducatives qui permettent la coopération effective des responsables des établissements scolaires, des professeurs et des familles de manière à ce qu'elles restent les premiers et principaux éducateurs de leurs enfants.

 


* Points évoqués en ces termes dans le « recours en excès de pouvoir » déposé par les AFC devant le Conseil d'Etat.

Dossier de l’été : sexualité, des pistes pour en parler avec ses enfants et adolescents

stockvault-mains-couple« Parler de sexualité n'est jamais facile. Surtout aujourd'hui. D'une part, notre société en fait souvent quelque chose de très banal, un sujet parmi les autres pour les documentaires télévisés ou pour les suppléments d'été des magazines. D'autre part, les adultes ne se sentent pas toujours à l'aise vis-à-vis de ce thème et préfèrent parfois faire semblant de ne pas comprendre qu'il s'agit d'une question essentielle, qui touche tout humain au plus profond de son être. Comment alors en parler sans se laisser prendre au piège de la banalisation ? Comment le faire sans prétendre savoir à la place de l'autre ce qui est « bon » pour lui ? »

Ces quelques lignes de l'introduction de la brochure 12 questions à se poser avant de parler de la sexualité restent d'actualité.

Ce dossier estival aura, nous l'espérons, permis d'éclairer certains enjeux à ce sujet, de vous permettre de creuser des questions aussi importantes que : Que veut dire aimer ? Quel rapport existe-t-il entre l'affectivité et l'amour ? Que faire de ses sentiments ? Comment entendre et orienter son désir ? Comment être, en amour, libre et responsable ? Comment ne pas réduire la rencontre avec l'autre à des comportements normés ?

Il y a urgence en la matière : peut-on, en effet, oublier que les jeunes ont besoin de réponses et que, en l'absence d'une présence aimante de la part de leurs parents, ils se tournent automatiquement vers ce que la société contemporaine leur offre ?

Or, la société véhicule et promeut des codes et une culture qui faussent et rendent particulièrement difficile une éducation à l'amour vrai. Notamment à l'adolescence.

Dès lors, l'enjeu n'est pas de s'assurer que nos jeunes ne soient pas confrontés à des images sensuelles et ne fréquentent pas la pornographie mais de constater qu'ils partent souvent de ces conceptions erronées qu'il faut avoir identifiées. Cela pose la question de la façon pour les parents et les éducateurs d'aborder ce sujet de façon réaliste avec leurs enfants. Une bonne connaissance du contexte dans lequel vivent les adolescents leur est indispensable, sans fard, sans complaisance non plus. Il est également indispensable d'avoir les idées claires sur le sens des mots afin de transmettre sans idéalisme un projet de vie ambitieux, vrai et enthousiasmant.

Dossier de l'été : La vie en groupe des adolescents : que faire ?

L'adolescent a besoin d'exprimer son affectivité, particulièrement forte à son âge. Cela le conduit, surtout le garçon, à vivre avec certains de ses pairs. Ils l'aident aussi à calmer l'insécurité qu'il peut ressentir à cet âge. Les adolescents peuvent, en outre, chercher dans ces groupes un moyen de trouver d'autres références que celles que leurs parents leur offrent. Mais, de façon moins positive, le groupe peut servir de refuge, de moyen de fuir, de refuser le réel.

L'appartenance à un groupe a souvent comme manifestation la plus visible un conformisme dans l'habillement, ... Là n'est pourtant pas le point le plus sensible, l'aspect qui doit retenir le plus l'attention des parents et des éducateurs.

En effet, le groupe peut s'avérer nuisible parce que peuvent s'y nouer des relations de manipulation, de soumission, ... parce qu'il joue un rôle en matière de transgression du fait des dynamiques qui s'y développent (émulation, défis de passage à l'acte, ...). Se joue ici un des mécanismes de l'apprentissage à l'adolescence : l'appropriation de la norme qui, au départ, est extérieure, voire rejetée. Cette appropriation peut passer par des essais pour toucher les limites mais avec, bien sûr, des souffrances possibles, des impasses, ...

Le besoin de différenciation peut cependant trouver à se réaliser dans des groupes à objectifs pédagogiques forts, avec adultes référents : théâtre, scoutisme, sport... Pour les parents, il est même nécessaire de donner aux jeunes l'occasion d'aller vers l'extérieur, même s'il faut pour cela surmonter une réticence naturelle à proposer d'autres groupes, d'autres références pour répondre au besoin d'autonomisation du jeune et lui éviter autant que possible de ressentir le besoin de transgresser.

Parallèlement, il est important que les parents soient au courant de ce que vivent leurs enfants, manifestent de l'intérêt pour les personnes avec lesquelles ils sont en relation. Mais sans être intrusif ou inquisiteur. L'interdit peut être contreproductif : il faut au contraire manifester de la confiance, donner de l'information sans tricherie, des réponses explicites aux arguments des autres jeunes : pas de jugement sur les personnes, mais des avis sur leurs points de vue, sur leurs actes. Il ne s'agit jamais de se taire, mais de montrer les limites. Alors, l'éducation pourra aider l'enfant à vivre dans ce monde.

Cet article est extrait de la brochure « 12 questions à se poser avant de parler de la sexualité»

Dossier de l'été : Quel défi l’éducateur doit-il relever en matière d’éducation affective et sexuelle ?

L'éducateur, parent ou autre, a pour mission de transmettre les valeurs qui lui sont essentielles, qu'il a faites siennes et qu'il s'efforce de vivre. Il mène à bien ce rôle dans le contexte spécifique de l'adolescence marqué par une relation difficile à soi-même, par exemple du fait des transformations physiologiques qui interviennent à cet âge, et au monde adulte auquel l'adolescent est en passe d'accéder. C'est la forme même du rapport à soi et aux autres qui se modifie à cet âge. Tout cela induit une forme de mal-être plus ou moins profond.
Le défi principal de tout éducateur est toujours de rendre libre, d'une liberté qui permette des choix ; c'est particulièrement nécessaire dans les domaines liés de l'affectivité et de la sexualité. Pour cela, il lui faut relever bien d'autres défis afin d'apaiser l'adolescent qui est en face de lui et de rendre crédibles les réponses qu'il tentera de lui apporter.

Son premier défi est celui de son « savoir être propre », dans la mesure où il est le référent ; il se doit d'être lui-même au clair avec les problèmes abordés ; il doit en particulier vouloir vivre en cohérence, même s'il doit en même temps savoir se montrer modeste.

Ensuite il lui faut se montrer respectueux. Il a confiance dans cet adolescent et ses capacités et le lui montre. Il ne cessera jamais de l'estimer, le lui dira, le confortera dans sa valeur.

Il doit aussi le conduire par l'émerveillement face à la nature, à sa nature ; il lui communique son enthousiasme et son espérance. Il s'agira de lui faire « percevoir » les bienfaits, les bénéfices de ce que l'adolescent commence à discerner. Il ne pas s'agira en même temps d'occulter les difficultés qui inéluctablement se présentent sur la route vers ce qui est discerné.

Il écoute les préoccupations de l'ado, pour décoder sans interpréter, il est un facilitateur d'expression pour faire émerger dans le cœur et l'esprit du jeune des convictions qui lui seront propres, en l'aidant à réfléchir afin qu'il trouve ce qui est bon et mauvais pour lui, qu'il balise sa liberté. L'éducateur échange, propose, mais ne plaque pas ses certitudes. Il aide à identifier où commence « une relation sexuelle » : quel sens peut être donné aux gestes tendres, au baiser amoureux, au flirt, à une rencontre plus charnelle... Il aide à comprendre que tout n'est pas permis, même quand l'autre est d'accord, en mettant en évidence le sens des paroles et des gestes, et comment ils traduisent les sentiments.

Son savoir, sans cesse mis à jour, lui permet d'informer objectivement, sans aucun tabou mais avec retenue.
Les parents restent les éducateurs privilégiés de leurs enfants. Cependant, certains sujets peuvent être d'un abord délicat ou trop impliquant ; il paraît alors souhaitable que le jeune trouve, plutôt qu'auprès des copains ou des médias, auprès d'autres éducateurs correctement formés, les réponses aux questions qu'il se pose !


Brochure-sexualité

« L'éducateur va commencer par assurer l'adolescent qu'il ne doit pas avoir peur de ses sentiments, ni les refuser, mais l'aider à s'interroger à leur propos, à propos de ses relations avec d'autres jeunes. Pour cela, il faut sortir du domaine du « permis-défendu » pour emmener plus loin, montrer la joie qu'il y a à vivre des relations solides et denses... sans nier que cela implique des efforts, un peu comme quand on gravit un sommet. Comme dans une course en montagne, il faut un bon guide : par son exemple, il doit montrer que c'est possible et enthousiasmant ».

P. François Potez

Cet article est extrait de la brochure « 12 questions à se poser avant de parler de la sexualité»

Actualité La Croix