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La téléréalité, une « crise réalité » ?

Les émissions de téléréalité prennent de plus en plus d'importance, et déjà par le temps que beaucoup leur accordent. Un succès qui induit des dérives qui ont conduit le CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel) à mener un certain nombre d'auditions et à publier, le 4 octobre dernier, un dossier complet : « Bilan de réflexion sur les émissions dites «de téléréalité » ».

Quand la cuisine s'invite dans les émissions de téléréalité, comme dans « Un dîner presque parfait ! » sur M6, ou « Top chef » et « Master chef » sur TF1, les incidences sont moindres, et l'aspect divertissant prime. Quand elle met en jeu le fondement même des relations humaines, que ce soient amicales, conjugales ou familiales, le risque devient rapidement, tant pour les spectateurs que pour ceux qui se livrent à la caméra, de porter atteinte aux personnes et aux liens existants. Cela peut conduire à des situations dramatiques, témoin le suicide en août dernier d'un candidat de « Secret story 3 ». C'est sur ce point que le CSA attire l'attention au terme de plusieurs auditions, dont celle de la CNAFC. Il demande en particulier « le respect des principes d'ordre public » ainsi que celui « de la personne humaine ». En outre, il demande à veiller à « l'incitation à des comportements délinquants, dangereux ou inciviques », aux « discriminations et stéréotypes », ainsi qu'à « l'atteinte à la santé » que peuvent induire de tels programmes. A juste titre, il met encore en garde contre les « risques certains » qu'ils peuvent engendrés, à défaut d'un « recul suffisant ». A ce propos, il dénonce notamment les « valeurs anti-éducatives » (humiliation de l'individu, banalisation du conflit, exhibition de l'intime, promotion de l'individualisme) » que peuvent véhiculer les émissions de téléréalité, ainsi que « l'engouement des jeunes » qui se traduit par une présence accrue - voire addictive - sur les réseaux sociaux, les blogs, etc.
Au-delà de ces constats, il convient encore de souligner les effets déstructurants des liens sociaux, à commencer par les couples et les familles, quand ceux-ci se livrent à ce jeu. Ces liens sont trop intimes, importants et essentiels, aussi bien pour l'équilibre personnel que pour celui de la société pour être galvaudés et mis en péril. Il serait, d'ailleurs, judicieux de s'interroger sur les causes de l'enthousiasme et de l'attrait pour de telles émissions, que ce soient de la part des spectateurs, mais plus encore de celle des participants. Car, paradoxalement, la téléréalité s'avère être davantage une fuite de la réalité, par un refus implicite de se confronter à ses propres problèmes ou questionnements, en projetant sur les autres des situations où l'on a soi-même échoué et en en faisant un jeu. Il est fort à craindre que le succès de ce concept de « téléréalité », bâti sur l'intrusion et la curiosité - jusqu'au voyeurisme - falsifie les rapports humains et soit la manifestation d'une crise bien profonde - et réelle ! - des repères identitaires, personnels et familiaux, qu'on laisse le soin à la société de résoudre. Pour aller plus loin sur le sujet, n'hésitez pas à consulter la brochure des AFC 12 questions à se poser avant de laisser les enfants regarder la télévision. On notera avec satisfaction le fait que le CSA encourage à afficher le pictogramme « -10 ans » sur toute la durée des programmes dits « de téléréalité » qui sont assortis de la signalétique de catégorie II. Il reprend ainsi une des pistes proposées par la CNAFC.

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