Infertilité : le couple expérimente la défusion
Comment l’infertilité affecte-t-elle la relation de couple ?
Comme toute mauvaise nouvelle, celle-ci est vécue différemment par chacun. Dans cette différence de ressenti, les membres du couple font l’expérience de la défusion : tu n’es pas moi et je ne suis pas toi… Tous les couples font cette expérience, mais quand elle survient alors que celui-ci est en pleine expansion et qu’il a des projets forts, elle peut être violente. L’infertilité a aussi un impact sur la sexualité. Notre société entretient l’idée selon laquelle la fonction de plaisir et la fonction de reproduction dans la sexualité sont tout à fait indépendantes l’une de l’autre. Or les couples confrontés à l’infertilité se rendent compte que les deux sujets sont bien enchevêtrés : comment pouvons-nous nous donner du plaisir si notre sexualité est teintée d’amertume ? Ou si nous l’abordons dans un souci d’efficacité, qui nous rend moins libres ou disponibles dans la rencontre sexuelle ? Voilà des questions que je rencontre chez les personnes que j’accompagne.
Comment prendre soin de son couple dans une telle situation ?
Nommer la différence des ressentis est déjà beaucoup. Cela permet de ne pas y voir une hostilité ou un éloignement. Et même, parfois, d’y voir une complémentarité. Car quand on s’engage dans un parcours médical parfois lourd, l’infertilité peut devenir l’organisateur central de toute la vie. Alors quand l’un des conjoints parvient à prendre du recul et à trouver du plaisir à d’autres choses, il peut être celui qui redonne de la vitalité au couple. La thérapie familiale systémique parle de « fête interdite », quand des personnes dans la peine s’interdisent de vivre et d’éprouver de la joie. Quand on souffre de l’attente d’un enfant, comment retrouver le goût de ressentir du plaisir et d’en donner aux autres? C’est l’une des questions auxquelles il est bon de réfléchir à deux.
Quel rôle peut jouer l’entourage ?
Cette question difficile requiert le respect des frontières de l’intime. Un couple n’a pas à rendre de comptes à sa famille ou à ses amis. Et attention ! quand une mère communique avec sa fille à ce sujet, elle parle aussi de son gendre. Je vois en consultation combien certaines indiscrétions peuvent blesser au sein du couple. Il ne faut donc jamais forcer des portes qui ne sont pas ouvertes. Être attentif à un couple qui souffre de l’attente d’un enfant peut passer par des propositions très concrètes – une invitation à dîner, à des vacances – tout en le laissant très libre. Enfin, il faut toujours se demander si l’on est bien centré sur les besoins de l’autre et non sur les siens. Pour certains proches, cela peut passer par le fait d’accepter que ce n’est peut-être pas auprès d’eux que le couple va vouloir trouver du réconfort.