23/03/2026

Comment parler de la guerre à nos enfants ?

Dans un contexte international complexe et anxiogène, nombreux sont les parents qui se questionnent sur la nécessité d’instaurer un dialogue sur les conflits actuels avec leurs enfants. Entre crainte et sentiment d’impuissance, il est souvent difficile de passer le pas, voici quelques éléments de langages simples.

 

 

 

Pourquoi leur parler de la guerre ?

Certains parents ne souhaitent pas avoir cette discussion avec leurs enfants pour deux raisons principales: ils ne veulent pas créer un sentiment d’insécurité chez leurs enfants, ils se sentent démunis pour le faire. La première raison est souvent évoquée en cabinet de psychothérapie concernant d’autres sujets difficiles comme la mort, la sexualité ou la question des abus. Les AFC vous proposent un article pour aborder le sujet de la mort avec les enfants. Même s’il est évident que le dialogue doit être adapté à l’âge de l’enfant, il est impératif de retenir que  le silence parental est toujours plus anxiogène pour un enfant que la discussion. En effet, nous savons bien que les cours d’école, de collège ou de lycée mais aussi les réseaux sociaux, les écrans et nos propres conversations d’adultes surprises par l’enfant, se chargent de leur apporter des informations, rarement justes sur le contenu et encore moins contenantes. L’enfant va alors créer ses propres théories pour comprendre le monde et se sentira très seul face aux émotions qu’elles génèrent en lui. Cela relève donc de la responsabilité des parents que d’apporter quelques éléments de compréhension et de réassurance à leurs enfants.

 

Comment aborder le sujet ?

Il s’agit tout d’abord d’être soi-même en état d’avoir cette conversation. Si le parent est trop débordé émotionnellement, l’enfant ne pourra percevoir de la réassurance dans cette discussion. Prenez donc soin d’y avoir réfléchi avant, d’être suffisamment calme vous-même  et préparé pour commencer le dialogue. Si vous avez plusieurs enfants, essayez de prendre un temps privilégié avec chacun afin d’ajuster le vocabulaire et la complexité du discours en fonction de l’âge de l’enfant. Pour initier la conversation, commencez toujours par questionner l’enfant lui-même: que sait-il? qu’a-t-il compris? Il est important de le questionner également sur ses émotions: a-t-il peur? Fait-il des cauchemars? A-t-il regardé des images anxiogènes?

 

 

Un dialogue stimulant

Le dialogue avec votre enfant va amener de la pensée, stimuler le cérébral et ainsi permettre que les émotions ne prennent pas toute la place. Il s’agit alors d’apporter des éléments concrets de compréhension et de connaissance. Munissez-vous par exemple d’un atlas afin d’avoir un support à la discussion. L’enfant et l’adolescent n’ont que rarement conscience des frontières et des distances, ce qui augmente le sentiment d’insécurité. Plus l’enfant est âgé, plus vous pourrez revenir aux sources des conflits. Mais il est important de ne pas avoir une pensée trop manichéenne dès le plus jeune âge, de sortir de la vision simpliste des gentils et des méchants. C’est l’occasion de montrer que le conflit entre êtres humains fait partie de leur vie au quotidien, qu’ils y sont eux-mêmes confrontés tous les jours et trouvent des solutions pour y faire face. Vous pouvez également “dézoomer” de notre époque et rappeler que les conflits entre nations sont présents tout au long de l’histoire de l’humanité. Il est normal d’être inquiet face aux nouveaux conflits car cette génération n’en a heureusement plus l’habitude.

 

 

Ce que les enfants ont besoin d’entendre

L’enfant a besoin d’entendre des éléments de réassurance quant à notre sécurité. Rappelez-lui pour cela que notre pays n’est pour le moment en guerre avec aucune nation, que nous coopérons avec d’autres Etats pour le maintien de la paix. Vous pouvez également expliquer qu’il existe de grandes instances internationales pour tenter de protéger la paix durablement et que, même si elles sont actuellement malmenées, elles continuent tout de même de jouer leur rôle. Rappelez également à vos enfants que des hommes et des femmes s’entraînent et œuvrent quotidiennement pour notre sécurité. C’est d’ailleurs l’occasion de leur inculquer le devoir de reconnaissance et de gratitude envers eux.

Vous pouvez aussi aborder la valeur de la paix. Nous avons la chance de vivre dans un pays qui souhaite protéger le plus possible la paix et qui œuvre dans ce sens dans un esprit de tempérance au niveau international.

Enfin, le fonctionnement psychique humain ne supporte pas le sentiment d’impuissance, quel que soit l’âge. Encouragez donc votre enfant à avoir une petite action pour la paix: se réconcilier lui-même avec quelqu’un, prier pour la paix, déposer une bougie à cette intention.

Quels bienfaits ?

Ce dialogue avec votre enfant a pour objectif de limiter ses propres théories face aux éléments anxiogènes qu’il perçoit mais aussi de légitimer ses émotions face aux sujets. Vous ne disposez pas d’un pouvoir magique d’enlever toute ses angoisses, mais la discussion sera un précieux support de réassurance pour votre enfant. Il ne se sentira  pas seul dans d’angoisse mais aussi pas LE seul à ressentir des émotions diverses face à l’environnement.

Plus largement, par ces conversations, votre enfant intégrera qu’il peut vous faire confiance, que vous êtes disponible et à l’écoute pour d’autres dialogues autour de sujets pas toujours simples à aborder pour lui dans son développement.

 

 

Mathilde Tiberghien, Psychologue clinicienne. Psychothérapeute de couple et de famille.

Auteur de Familles de militaires, le défi de la mission, disponible aux éditions Mame. 17,90 €. 2024

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