25/09/2023

Solidarité intergénérationnelle : un service “gagnant-gagnant”

De plus en plus nombreux en France, les seniors souffrent souvent d’isolement. Pourtant, ils ont tant à transmettre aux générations qui les suivent ! Heureusement, des initiatives ont vu le jour depuis quelques années. Elles visent à faciliter la solidarité intergénérationnelle à travers la rencontre et l’entraide entre des générations trop souvent cloisonnées. Voici quelques exemples parmi les nombreux fruits qu’elles portent auprès des plus jeunes comme des plus âgés.

Quand la solidarité intergénérationnelle devient synonyme d’amitié

«On l’a eue ! On l’a eue ! » s’est exclamée un jour avec enthousiasme une personne âgée suivie par l’association Ensemble2Générations, qui met en contact seniors et étudiants pour des solutions d’habitat partagé. Devant la perplexité de la salariée de l’association, la vieille dame a précisé : « Mais oui ! Notre année de médecine ! » voilà comment une initiative de solidarité intergénérationnelle destinée à rompre l’isolement des personnes âgées tout en facilitant l’accès au logement des étudiants peut aussi donner lieu à une aventure amicale rafraîchissante. Des exemples comme ça, Estelle de Saint-Bon, directrice générale de l’association fondée en 2006 dans le sillage de la grande canicule, en a à la pelle. Comme la force du lien tissé entre son propre père et Guillaume, un étudiant qui a passé 3 ans chez lui, choisissant même de rester à ses côtés quand le grand confinement du printemps 2020 s’est annoncé. Ou ce senior de l’association qui a voyagé jusqu’au Maghreb pour le mariage de sa jeune « coloc »…

Présence bienveillante et solidarité intergénérationnelle

Cette solution d’hébergement intergénérationnel répond à un défi majeur de notre époque : le nombre des Français âgés de 75 à 84 ans doit augmenter de 50% entre 2020 et 2030, passant de 4,1 millions à 6,1 millions. Et fort logiquement, dans la décennie suivante, la population des plus de 85 ans devrait à son tour connaître une véritable explosion, avec un taux de croissance supérieur à 50%, selon des chiffres du gouvernement français de février dernier. Alors même que les Ehpad et le secteur des services à la personne tout entier manquent déjà cruellement de personnel, comme le souligne Atanase Périfan, élu parisien qui œuvre depuis des années à encourager la solidarité de proximité : « c’est un véritable tsunami », annonce-t-il.

Autre défi : alléger la charge des familles aidantes

Autre défi, lié aux deux premiers : alléger la charge des familles aidantes, qui souvent s’essoufflent : « Par leur présence bienveillante à domicile – même s’ils ne remplacent pas un professionnel – nos étudiants apportent une grande sécurité aux familles, qui savent qu’ils peuvent être un facteur d’alerte », affirme Estelle de Saint-Bon. Ces dernières années, d’autres initiatives comme le logement solidaire ont vu le jour pour favoriser ce lien entre les générations à différents échelons. Du côté des politiques publiques, l’État français a ouvert la possibilité à 10 000 jeunes d’opter pour un Service civique dédié à la solidarité intergénérationnelle. Baptisé « solidarité seniors », il s’exerce auprès de personnes âgées isolées, à domicile ou en établissement.

Faire d’une pierre deux coups en associant des lieux de vie

Le gouvernement a lancé en 2022 un plan d’action national dans les établissements scolaires et les lieux de vie des personnes âgées, qui prévoit notamment des jumelages entre établissements et l’accompagnement de projets intergénérationnels. Côté associatif, de multiples projets ont aussi vu le jour. Citons, parmi d’autres, les microcrèches Tom et Josette, nées en 2018 et qui ac- cueillent jusqu’à douze enfants au cœur des lieux de vie de personnes âgées. Le projet fait d’une pierre deux coups, répondant à l’isolement des seniors et au manque de structures d’accueil de la petite enfance. La conviction de ses deux jeunes fondatrices : « Tom a besoin de Josette pour bien grandir et Josette a besoin de Tom pour mieux vieillir ! »

Pour de nombreuses familles, la solidarité intergénérationnelle est source d’enrichissement

Lecture de contes, partage d’un goûter, jardinage, autant d’ateliers qui profitent aux tout- petits comme à leurs grands aînés. Mais de nombreuses familles voient aussi dans la relation intergénérationnelle un enrichissement pour leur foyer. En Mayenne, c’est le cas d’Antoine et Claire-Emmanuelle Soubrier : ils ont acheté une maison destinée à loger à leur côté des seniors autonomes mais désireux de rompre leur isolement. ils viennent d’y accueillir une première colocataire, venue partager leur vie tout simplement, comme un membre de la famille : « Comme nous sommes tous les deux en télétravail, les repas ou les pauses sont l’occasion de bavarder avec elle. Et notre fille lui a déjà demandé de lui donner des cours de couture. Par-delà les différences d’âge, on a tous quelque chose à apporter à l’autre », témoigne Antoine.

La rencontre avec les personnes âgées porte de fortes valeurs éducatives

Pratiquer de telles rencontres en famille a aussi de fortes valeurs éducatives. capucine et son mari ont, eux, tous les deux, fait partie d’une chorale Se Canto, de petits groupes de choristes qui chantent dans des ehPad. c’est donc tout naturellement qu’ils ont continué en famille, constituant un nouveau groupe à Orléans où ils sont installés. De jeunes retraités côtoient des familles avec des enfants de tous âges, « de l’ado au bébé de cinq mois ! », dans une organisation toute simple : quelques répétitions et une représentation par mois, pendant laquelle les liens se tissent peu à peu avec les résidents. « On apprend à les connaître, on fête les anniversaires et on se donne des nouvelles ». Pourquoi avoir maintenu cette habitude après leur mariage ? « Très égoïstement, ça nous fait beaucoup de bien ! », répond Capucine. « Mais c’est aussi une leçon que nous donnons à nos enfants, qui n’ont plus d’arrière-grands-parents. Ils voient qu’on peut vieillir tout en restant vivant et joyeux ».

Les bébés meilleurs ambassadeurs !

Les bébés sont les meilleurs ambassadeurs de l’affection qui lie le groupe aux personnes qu’il rencontre à la maison de retraite : « On les pose sur leurs genoux, et c’est la relation la plus facile qui soit », raconte encore la mère de famille qui se dit aujourd’hui « marquée par tellement de rencontres dans ce cadre ». quant à Gabriel Guist’hau, alors lycéen, il s’est rendu disponible auprès de personnes âgées au moyen de flyers distribués dans sa paroisse, à Talence (Gironde), dans le cadre de son engagement Rai- der dans le scoutisme. Une manière de bien employer son temps libre : « je suis assez proche de mes grands-parents, et ce service m’a beaucoup plu ».

“Un point de vue différent et un recul sur nos modes de vie”

Jamais il ne l’a perçu comme un poids : « Écouter ces personnes m’a toujours intéressé. Elles apportent un point de vue différent et un recul sur nos modes de vie. Et puis, elles sont déjà passées par l’adolescence par exemple ; elles savent comment ça se passe et peuvent se mettre à notre place ». Né dans les années 2000, Gabriel a bien sûr eu l’occasion de les aider à apprivoiser les nouvelles technologies, « mais je crois que notre génération a aussi beau- coup à apprendre d’eux, qui ont vécu sans elles. Je crois que nous devons recueillir d’eux ce trésor immense, et les valeurs qui vont avec, avant qu’il disparaisse ».

solidarite intergenerationnelle
L’accompagnement des plus âgés dans l’usage des nouvelles technologies joue un grand rôle dans la lutte contre l’isolement

« Il y a dans notre société des gisements de générosité inexploitée ! »

C’est sur cette solidarité de tout un chacun, « première marche de l’engagement citoyen », qu’Atanase Périfan mise depuis des années : le fondateur de la désormais bien connue fête des voisins et d’Immeubles en Fête lance aujourd’hui « L’Heure civique », un dispositif qui s’appuie sur les mairies pour mettre en lien les particuliers avec les personnes qui sont en « souffrance relationnelle » :  « Il y a dans notre société des gisements de générosité inexploitée ! », s’enthousiasme-t-il, alors que l’initiative prend de l’ampleur, relayée par plusieurs départements français.

Saisir « n’importe quel alibi » pour vivre cette solidarité intergénérationnelle

Malgré tout, dans notre société très cloisonnée, il n’est pas toujours facile de se lancer. À ceux qui ne sauraient pas comment vivre cette solidarité intergénérationnelle et rentrer en relation avec des seniors de leur voisinage, Capucine propose de saisir « n’importe quel alibi » : « un joli chapeau ou la tenue d’une personne que l’on croise : toutes les occasions sont bonnes pour nouer la relation », assure-t-elle.

Rendre service pour les courses ou partager un goûter maison

Envoyer ses enfants proposer quelques crêpes du goûter à son voisin veuf ou proposer à un jeune scout de monter les packs de lait un peu lourds ou le courrier dans les étages d’un immeuble sont autant de bonnes habitudes à leur faire prendre pour entrer en contact avec ceux qui les entourent : « même si ça ne donne pas suite, cela ne peut pas faire de mal ! » «Ne pas se mettre la pression », conseille quant à lui Gabriel à ceux qui se demanderaient comment engager la conversation avec une personne âgée : « elles ont souvent beaucoup de choses à dire, et sont si heureuses de se sentir écoutées ». Un bonheur partagé : voilà peut-être le sens de cette solidarité intergénérationnelle.

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