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Bioéthique : interview de Pascale Morinière

Pascale Morinière est la présidente des AFC. Elle réagit au retour des débats parlementaires sur le projet de loi bioéthique le 27 juillet 2020.

Interview réalisée par la Conférence des évêques de France (CEF) et publiée sur son site le lundi 27 juillet 2020.

  • Quels sont, selon vous, les enjeux de cette loi ?

Pascale MorinièrePour nous les enjeux sont clairs : il s’agit de savoir si l’humain doit toujours être considéré comme une personne ou bien s’il peut être regardé comme une chose que l’on pourrait manipuler, modifier, commercialiser, utiliser ou détruire.

Pour comprendre les enjeux des promoteurs de ce texte, nous devons nous demander à qui profite cette loi.

Elle est bien sûr dans l’intérêt des femmes seules ou en couple, c’est évident. Mais au-delà de ces personnes dont le désir d’enfant et la souffrance qui en résulte sont mis en avant, des intérêts discrets et très puissants sont en jeu. La bioéconomie, secteur en plein développement dans le monde, génère des profits colossaux. La recherche sur l’embryon, elle-même, n’a pas pour but de soigner l’enfant à naître mais surtout d’améliorer les techniques de PMA dont les taux de réussite restent faibles. Cette loi est au bénéfice de certains laboratoires, de cliniques, de l’industrie pharmaceutique, des banques de gamètes et de tous les intermédiaires de l’industrie de la procréation.

  • Que demandez-vous à vos adhérents ?

Nous avons le devoir de nous former pour comprendre ce texte, discerner en conscience et agir. Ces questions ne peuvent être laissées aux seuls spécialistes : elles nous concernent tous, concernent nos familles et nos enfants. Quel monde voulons-nous leur laisser, demain !? Nous invitons nos adhérents à se former pour comprendre et ne pas laisser les réponses aux seuls spécialistes. Les glissements éthiques successifs se font par petites étapes et nous habituent peu à peu, toujours avec des prétextes et des arguments altruistes. Pour ne pas être dupes, il faut s’y intéresser. Par exemple, après passage en commission et avant examen dans l’hémicycle, le texte s’est encore aggravé, en permettant à une femme de porter un embryon conçu à partir d’un ovocyte de sa conjointe et d’un donneur. Cette technique, dite de la ROPA (Réception de l’Ovocyte par le Partenaire) est déjà une technique de gestation pour autrui. La GPA arriverait déjà en France.  Il faut aussi travailler pour comprendre ce qu’est le DPI-A qui vise à détecter dans l’éprouvette les embryons qui comportent un nombre anormal de chromosomes pour éviter la naissance d’enfants trisomique.

Actuellement, forts de notre réseau, nous demandons à nos 300 présidents d’AFC de reprendre contact avec leurs députés pour leur montrer l’indécence de ce texte alors même que les soins de santé n’ont pu être assurés pour les personnes âgées de nos familles, au plus fort de l’épidémie de la Covid-19.

Enfin, nos présidents organisent avec tous les adhérents une importante opération d’envoi de 24 000 cartes postales aux députés pour continuer à tirer énergiquement le signal d’alarme.

  • À quoi appelez-vous les catholiques et « les hommes de bonne volonté » ?

Nous les invitons, eux aussi, à écrire à leur député pour lui signifier leur opposition à cette loi injuste qui organise l’emprise technique et marchande de chacun de nous en nous transformant en matière première du business de la procréation.

Le processus législatif n’est pas terminé : après sa seconde lecture à l’Assemblée nationale, la loi doit encore passer en seconde lecture au Sénat, à la rentrée. Nous saurons redire, et vigoureusement, que cette loi scandalise les Français. Si seul 1% (sondage IFOP pour Marchons enfants ! juin 2020) des Français la juge actuellement prioritaire, cela montre en creux comment un lobby très organisé peut mobiliser les représentants de la Nation à son profit.

  • Que souhaitez-vous pour la société ?

Nous sommes profondément convaincus que « tout est lié » et que l’écologie ne peut être seulement celle de la planète, du climat, de la biodiversité, mais qu’elle doit aussi englober toute l’humanité. La conversion écologique ne peut être partielle et considérer l’homme comme un prédateur, voire un ennemi de la création. La pandémie que nous traversons montre que l’homme n’a pas la main sur la nature. Ses rêves prométhéens de transhumanisme ou de progrès permanent ont vécu avec la Covid-19. Nous sommes appelés à une écologie intégrale faite de sobriété, de respect et d’accueil de la vie telle qu’elle se donne.

Les Associations Familiales Catholiques souhaitent une société fondée sur la famille, qui demeure seule lorsque tout vacille, lieu d’accueil et de protection de nos fragilités, d’apprentissage de toute vie en société et premier amortisseur social.

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