10/07/2026

Jours fériés et ouverture des magasins : ce qu’il faut savoir

Chaque année, à l’approche des jours fériés se reposent les mêmes questions : travail des salariés, ouverture des magasins, etc. Tour d’horizon des règles en vigueur.

Chaque année, les jours fériés soulèvent les mêmes interrogations : les magasins peuvent-ils ouvrir ? Les salariés sont-ils obligés de travailler ? Existe-t-il des interdictions particulières ? Derrière les vitrines ouvertes ou fermées se cache une réglementation complexe qui cherche à concilier activité économique, droits des travailleurs et besoins des consommateurs. Tour d’horizon des règles en vigueur.

 

Le 1er mai : une exception dans le calendrier

Contrairement à une idée largement répandue, tous les jours fériés ne sont pas automatiquement chômés. En droit français, le 1er mai est le seul jour férié obligatoirement chômé pour les salariés, sauf dans certains secteurs dont l’activité ne peut être interrompue, comme les hôpitaux, les transports ou certains services essentiels (articles L3133-4 et suivants du code du travail).

Cette spécificité explique pourquoi de nombreux commerces restent fermés lors de la Fête du Travail. Lorsqu’un salarié est exceptionnellement amené à travailler ce jour-là, il bénéficie d’une rémunération majorée.

Pour les autres jours fériés – 8 mai, Ascension, 14 juillet, 11 novembre ou encore Noël –, la loi n’impose pas de fermeture générale des commerces. Les règles dépendent alors des conventions collectives, des accords d’entreprise et de l’organisation propre à chaque établissement.

 

Un principe général : les commerces peuvent ouvrir

En France, le principe est celui de la liberté du commerce. En dehors du 1er mai et de certaines réglementations locales, un commerçant peut décider d’ouvrir son établissement un jour férié.

Pour les consommateurs, cela signifie qu’il n’existe pas de règle nationale imposant la fermeture des magasins lors des jours fériés. Les grandes surfaces, centres commerciaux, magasins de bricolage, jardineries ou commerces de proximité peuvent donc accueillir du public selon leur politique commerciale et les autorisations dont ils disposent.

Toutefois, l’ouverture du magasin ne signifie pas automatiquement que l’employeur peut mobiliser librement ses salariés. Le droit du travail encadre précisément leurs conditions d’emploi (Code du travail, art. L3133-1 et suivants).

 

Les droits des salariés restent protégés

L’ouverture d’un commerce un jour férié ne dispense pas l’employeur de respecter les règles applicables aux salariés.

Pour la plupart des jours fériés, le travail est possible si la convention collective ou l’organisation de l’entreprise le prévoit. Selon les secteurs, des majorations de salaire ou des repos compensateurs peuvent être accordés.

Les consommateurs ignorent souvent que les dispositions varient fortement d’une branche à l’autre. Ainsi, deux magasins voisins peuvent ouvrir le même jour férié tout en appliquant des règles très différentes à leurs employés.

Le cas particulier du dimanche

Les jours fériés se combinent parfois avec le repos dominical, ce qui ajoute une couche de complexité. En principe, le travail du dimanche est interdit pour les salariés du commerce. Cependant, de nombreuses dérogations existent : commerces alimentaires, pharmacies, fleuristes, jardineries, magasins de bricolage, zones touristiques, gares ou encore « dimanches du maire » autorisés par les municipalités (Code du travail, art. L3132-12 à 26 et suivants). Les commerces alimentaires peuvent notamment ouvrir le dimanche matin, généralement jusqu’à 13 heures. Lorsque l’ouverture dominicale repose sur certaines dérogations, le volontariat des salariés et des contreparties spécifiques peuvent être exigés par la loi.

Par ailleurs, même au sein des commerces alimentaires, du fait de la loi, des arrêtés locaux et la complexité du contrôle des mineurs, de plus en plus d’enseigne bloquent la vente d’alcool le dimanche (voir notre article « La vente d’alcool le dimanche disparaît des magasins »).

Le regard de la CNAFC

La CNAFC rappelle que le dimanche ne constitue pas un jour comme les autres. Au-delà de sa dimension religieuse pour de nombreuses familles, il demeure un temps privilégié de repos, de vie familiale, de rencontres, d’engagement associatif et de cohésion sociale.

Si les consommateurs peuvent apprécier la possibilité d’effectuer certains achats le dimanche, cette commodité ne doit pas conduire à banaliser le travail dominical ni à fragiliser le principe du repos commun. La généralisation de l’ouverture des commerces le dimanche risque en effet d’accroître les contraintes pesant sur les salariés et de réduire les temps de vie partagés au sein des familles.

La CNAFC considère qu’un équilibre doit être recherché entre les besoins légitimes des consommateurs, la liberté d’entreprendre des commerçants et le respect du droit des salariés à bénéficier d’un repos hebdomadaire effectif. Les dérogations au repos dominical doivent ainsi demeurer justifiées par de réels besoins économiques ou d’intérêt général et s’accompagner de garanties suffisantes pour les travailleurs concernés.

Une société ne se construit pas uniquement autour de la consommation. Le maintien d’un temps collectif de repos contribue également à la qualité de la vie familiale et sociale, qui constitue un bien commun dont chacun bénéficie.

Quels repères pour les consommateurs ?

Pour les familles, quelques principes simples peuvent être retenus :

  • la plupart des jours fériés ne garantissent pas la fermeture des commerces ;
  • le 1er mai demeure le jour le plus protecteur pour les salariés et le plus restrictif pour les commerçants ;
  • les horaires d’ouverture peuvent varier fortement selon les enseignes et les territoires ;
  • les règles applicables aux salariés diffèrent selon les conventions collectives et les dérogations dont bénéficie l’établissement.

Au-delà des aspects pratiques, la question des ouvertures les jours fériés renvoie à un débat plus large : celui de l’équilibre entre les attentes des consommateurs, la vitalité économique des commerces et le respect du temps de repos des salariés. Un équilibre que le législateur tente, depuis de nombreuses années, de préserver.

 

ANNEXES

Ces règles complexes doivent tenir compte d’approches et de sensibilités particulières dans leur application

I – 1er mai 2026 : une dérogation de fait pour certaines activités artisanales

L’année 2026 a été marquée par une controverse autour de l’ouverture des commerces de proximité le 1er mai. Alors qu’une proposition de loi visant à élargir les possibilités de faire travailler des salariés ce jour-là n’a finalement pas abouti avant la Fête du Travail, le Gouvernement a annoncé des mesures transitoires destinées à sécuriser l’activité de certaines professions artisanales.

Sont principalement concernés les boulangers-pâtissiers artisanaux et les fleuristes, dont l’activité est traditionnellement importante le 1er mai. Le Gouvernement a indiqué que ces commerces pourraient ouvrir et que les services de l’État recevraient des consignes afin d’éviter des sanctions lorsque certaines conditions seraient respectées.

Toutefois, il convient de souligner que ces annonces n’ont pas modifié le Code du travail pour le 1er mai 2026. Juridiquement, le principe demeure celui d’un jour férié, chômé et payé, sauf pour les activités bénéficiant déjà d’une dérogation légale. Plusieurs juristes ont ainsi relevé que les instructions gouvernementales ne constituaient pas un texte normatif et ne créaient pas de nouvelle exception légale.

Les conditions annoncées par l’exécutif reposent notamment sur deux garanties : le volontariat écrit du salarié et une rémunération au moins doublée pour les heures travaillées. Ces principes devraient être repris dans un futur texte législatif destiné à sécuriser durablement la situation de ces commerces à compter du 1er mai 2027.

II – Le cas particulier de l’Alsace-Moselle

En Alsace-Moselle, le droit local hérité de l’histoire allemande confère à la région deux jours fériés supplémentaires – le Vendredi Saint et la Saint-Étienne (26 décembre) – portés à douze au total, contre dix dans le reste de la France. Ces jours, chômés pour les salariés, impactent directement l’ouverture des commerces : la plupart des magasins non alimentaires ferment, à l’exception des commerces de première nécessité (boulangeries, pharmacies) et des zones touristiques comme Strasbourg ou Colmar, où des dérogations préfectorales peuvent autoriser une ouverture partielle. Par ailleurs, les règles d’ouverture dominicale restent alignées sur le droit national, avec des assouplissements pour les commerces alimentaires et les zones à forte affluence touristique. Une particularité à anticiper pour les consommateurs, surtout lors des fêtes de Pâques et de fin d’année.

 

Le 1er mai restera « férié, chômé et payé », Sébastien Lecornu fera des propositions pour les commerces de proximité

1er mai : les boulangeries et fleuristes autorisés à ouvrir | info.gouv.fr

Travail le 1er mai : les boulangers, fleuristes et artisans indépendants autorisés à ouvrir – Le Club des Juristes

La CNAFC, association de consommateurs

La Confédération nationale des Associations Familiales Catholiques (CNAFC) est l’une des 14 associations de défense des consommateurs reconnues par la DGCCRF (la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes). Grâce à cet agrément, la CNAFC vient en aide à tous les particuliers qui rencontrent des difficultés d’ordre commercial avec des entreprises. Ainsi, en cas de litige, toute personne, même non adhérente aux AFC, peut contacter l’une des nombreuses antennes consommation disséminées dans toute la France.

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