Adopter un regard positif – Conseils d’un grand-père (4/6)
Philippe, professeur retraité, nous livre « une sorte de clin d’œil à toutes ces petites choses apprises au cours de ma vie et qui donnent un sens à l’éducation. Il ne s’agit pas d’une leçon de morale nostalgique, mais d’une forme de témoignage qui peut servir à tout parent. »
Relus et illustrés par une jeune étudiante, ces textes prennent la forme d’un écrit intergénérationnel, fidèle à l’esprit familial des AFC.
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Après nous avoir fait découvrir l’importance du silence, nous avoir partagé ses conseils d’éducation et l’art de maîtriser son temps, Philippe nous parle dans ce quatrième épisode de la nécessité d’adopter un regard positif.
Adopter un regard positif
« Que l’importance soit dans ton regard et non dans la chose regardée. » A. Gide.
On critique plus qu’on ne complimente
Lorsque nous rencontrons quelqu’un pour la première fois, nous ne résistons pas à ce besoin d’émettre un jugement positif ou négatif à son égard. De la même manière, combien de fois sommes-nous critiques envers nous-mêmes ? Combien de fois avons-nous cette douloureuse impression que telle ou telle personne fait mieux que nous ? Malheureusement, ce jugement est immédiat, nous n’y pouvons rien. Enfin… presque. Car j’ai appris que porter un regard positif sur les gens et sur les faits pouvait transporter des montagnes. On ne soupçonne pas le pouvoir d’un sourire, d’un merci, d’un mot gentil, qui ont des effets tellement plus forts que des cris, des critiques ou des sanctions.
Il est vrai que nous sommes bien rapides pour juger les autres, critiquer leurs paroles ou leurs agissements. Je ne peux pas m’empêcher de repenser à ces réunions professionnelles ou familiales, durant lesquelles je « m’amusais » à relever ce qui était dit de positif et ce qui était dit de négatif sur les uns et les autres. Le résultat est sans appel : on critique dix fois plus qu’on ne complimente.
Certes, la critique a son utilité. Bien dosée, elle peut permettre parfois d’améliorer des situations. Le problème ne se règle pas en supprimant toute critique, mais en limitant les abus et en y joignant toujours un regard positif et constructif.
La critique constructive
Professeur, j’ai longtemps souffert de voir des collègues, en conseil de classe, en salle des professeurs, voire en rendez-vous avec les parents, déverser une pluie de reproches à tel élève. « Il est nul », « il ne travaille pas », « il ne comprend rien », « il n’arrivera à rien ». Or, se concentrer sur les défauts a, en réalité, plutôt tendance à faire perdre confiance qu’à motiver les élèves. J’ai surtout compris qu’il y avait toujours du bon en chaque élève. Qu’être ouvert, serviable, gai ou drôle étaient tout autant des bagages solides pour l’avenir que la maîtrise scolaire. Le but n’est évidemment pas de ne jamais relever ce qui est moins bon, mais de montrer que tout n’est jamais raté. Lorsque j’exerçais comme professeur, je m’efforçais de toujours commencer par relever le positif et de terminer par le négatif. Même une très mauvaise note commençait par un encouragement : « Ton introduction est bonne, mais ton plan est déséquilibré. » Une simple formulation qui rend la critique constructive. Car certes, l’élève prend conscience de ses défauts, mais il n’est pas pour autant démotivé.
La première impression
J’ai également préparé de nombreux élèves à cette « terrible » épreuve de l’oral. Et s’il y a bien un conseil sur lequel j’insistais, c’était de toujours soigner leur première impression. Vous avez déjà remarqué que la première impression d’une rencontre ou d’un début de film est capitale. Même si notre jugement peut se nuancer par la suite, ce premier contact va longtemps nous influencer. Il est donc important de se demander par quels mots, quelles attitudes, quel ton nous entrons en contact ou quittons-nous quelqu’un. Cela fait partie des nombreuses techniques que l’on apprend pour bien réussir un entretien d’embauche.
S’il est essentiel de soigner son arrivée pour un oral ou pour un entretien, pourquoi ne serait-il pas de même avec ceux que nous côtoyons le plus : la famille ? En effet, pris dans l’élan du quotidien, il n’est pas toujours évident d’être bienveillant avec ceux dont on est le plus proches. Pourtant, croyez-moi, rentrer du travail en disant : « Je suis crevé » ou en disant : « Vous avez passé une bonne journée ? » n’aura pas du tout le même impact sur l’atmosphère de la famille.
Un regard positif sur soi-même
Mais j’ai surtout appris que s’il était important de faire bonne impression aux autres, il l’est encore plus d’avoir une bonne impression de nous-mêmes.
Lorsqu’on passe son temps à regarder nos manques, nos désirs insatisfaits, nos faiblesses, le voile de la tristesse couvre vite nos journées.
Je vous donne un maître-mot, à se répéter et à répeter à ceux dont l’éducation nous est confiée, à appliquer et à faire appliquer : regretter ce que l’on n’a pas, c’est déjà gâcher ce que l’on a.
Au contraire, prenez la vie à pleins poumons, comme elle vient, en sachant bénir le Ciel de nous donner quotidiennement tant de cadeaux, et en premier lieu la vie.
Et dès lors, les couleurs apparaîtront sur toutes choses.
Apprendre à s’émerveiller
Oui, de toutes nos facultés, celle qui est la plus indispensable à développer en soi et à développer chez ses enfants est l’émerveillement. Nous sommes tous des merveilles de la Création et avons tous reçus des dons et talents particuliers. Même dans nos échecs, à travers nos handicaps et nos petitesses, nous avons quelque chose à apporter à autres. Une page d’Évangile m’a toujours beaucoup marqué : « Mon premier commandement, le voici : « Tu aimeras ton Dieu et ton prochain, comme toi-même. » » La plupart du temps, nous ne retenons que la première partie de la phrase, sur Dieu et le prochain, en oubliant la fin qui est essentielle : « comme toi-même ». Et oui ! C’est un commandement de Dieu de « s’aimer soi-même ». Il ne s’agit pas de valoriser l’amour narcissique, mais d’accepter de voir la beauté de la Création, de croire en l’importance unique, au rôle de chacun dans le plan d’une humanité en marche.
Alors rappelons nous simplement que notre joie, notre gentillesse et notre sourire sont contagieux ; n’oublions pas que le plus important n’est peut-être pas ce qu’on donne aux autres, mais ce que l’on réveille en eux.
Citations
« Si votre cœur est une rose, votre bouche dira des mots parfumés. » – Proverbe russe
« La gentillesse, c’est de l’amour donné par petites bouffées. » – Patrick Sébastien
« Le plus court chemin d’une personne à une autre… c’est un brin de gentillesse. » – Confucius
« Je peux me défendre contre la méchanceté ; je ne peux pas me défendre contre la gentillesse. » – Serge Uzzan
« La gentillesse est le langage qu’un sourd peut entendre et qu’un aveugle peut voir. » – Philippe Bouvard